[Franco Fabbri. Il suono in cui viviamo. Roma : Arcana, 2002. Pages 9 et 10]

Guide d’utilisation

Nous vivons immergés dans le son: selon des recherches effectuées de façon indépendante dans nombreux pays, avec des résultats presque parfaitement coïncidents, nous sommes exposés pendant plus de trois heures par jour, en moyenne, à des musiques produites par des haut-parleurs. Beaucoup de musiques, musiques différentes, qui naissent à des endroits, dans des cultures, à travers des pratiques différentes qui sont souvent en contraste entre elles, mais qui nous atteignent à travers les mêmes médias.

Une analyse du “son où nous vivons” exige que ces trois pôles (musiques, technologie, médias) soient des points de référence constants. En fait: a) les rapports entre musiques et médias sont incompréhensibles si on ne tient pas compte de la spécificité des techniques qui permettent la diffusion massive des musiques; b) les rapports entre musiques et technologies acquièrent une grande partie de leur sens lors qu’ils sont mis en relation avec l’arrière-fond économique et politique des médias; c) les rapports entre les technologies appliquées aux musiques et les médias ne peuvent pas être étudiés sans tenir compte des exigences structurales et des nécessités historiques de la communication musicale.

Voilà la raison principale pour laquelle les matériaux qui sont à la base de ce livre-ci proviennent d’origines diverses, comme étaient diverses leur destinations originales : revues de musicologie, conférences, séminaires, notes de programme, revues spécialisées ou de vulgarisation, journaux. Ils appartiennent, donc, à différents genres de discours sur la musique, et ils touchent à des sujets lointains (peut-être seulement en apparence, si ce que je viens de dire est vrai) comme la forme des chansons des Beatles, le partage des droits d’auteur, la Muzak, la relation entre la proxémique (une branche de la sémiologie) et le Prometeo de Luigi Nono, ou celle entre les enseignements de Gurdjieff et le pianisme de Keith Jarrett.

En ramassant ces matériaux, j’ai cherché de les ordonner selon un parcours qui donne priorité à la clarté et à l’accélération formelle : d’abord les définitions et les théories, ensuite les applications, d’abord les essais les plus longs et qui requièrent le plus d’effort, ensuite les interventions les plus agiles. Je crois (ou j’espère) qu’en arrivant à la dernière page, le lecteur reconnaîtra que ce choix – assisté par un ordinateur et un logiciel adéquat, qui m’a permis d’essayer rapidement les différentes solutions – a été raisonnable.

Mais le lecteur qui n’aie pas la patience (ou le temps) d’examiner le rôle des normes technico-formelles dans la définition d’un genre musical, et souhaite d’aller voir tout de suite comment est faite Yesterday, ou qui étaient les « mauvais gars » que aimait Frank Zappa, sache qu’il a mon consentement.

       Il a à sa disposition des instruments de navigation hypertextuelle extrêmement puissants: le pouce (un doigt négligé par l’informatique, mais très utile à l’humanité) pour passer les pages, le papier (coupé en petites bandes ou plié en forme d’« oreille ») qui permet de fixer des points de repère très utiles, la souplesse de la reliure, qui consent d’identifier facilement les pages déjà lues de celles encore intouchées. Grâce au ciel, ceci est un livre : un des instruments les plus versatiles pour la transmission de l’information qui aient jamais été inventés.

Bonne lecture.