Émilie Côté

Analyse musicale d’un long-métrage

Requiem for a Dream

Travail remis à M. Philip Tagg dans le cadre du cours

♪ Musique et images en mouvement ♪

MUL 2109

Faculté de musique, Université de Montréal, 21 avril 2004

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TABLE DES MATIÈRES

Préliminaires p.2

Filmographie et crédits p.2
Survol du scénario p.2
Motivations des choix p.3

Liste des thèmes (idées musicales) p.4
Cue List p.9
Scène à analyser p. 24
  Partition des événements p. 25
  Analyse p. 29
Discussion générale p. 30
Annexes p. 32
  
Bibliographie p. 32
   
Références sonores et audiovisuelles p. 32             

PRÉLIMINAIRES

Filmographie et crédits

Titre du film: Requiem for a Dream
Année de sortie: 2000
Produit par: Artisan Entertainment/Thousand Words
Distribué par: Artisan Entertainment
Réalisateur: Darren Aronofsky
Scénariste: Hubert Selby Jr.
Producteur: Eric Watson

Compositeur de la musique: Clint Mansell (voir ci-bas les crédits musicaux)

Acteurs principaux – personnages du film:
Ellen Burstyn - Sara Goldarb
Jared Leto – Harry Goldfarb
Jennifer Connelly – Marion Silver
Marlon Wayans – Tyrone C. Love
Chris McDonald – Tappy Tibbons

Crédits musicaux

La musique de la bande originale du film a été composée par Clint Mansell, mais il a eu recours aux services du Kronos Quartet, composé de : David Harrington – violon; John Sherba – violon; Hank Dutt – alto; Jennifer Culp - violoncelle

Survol du scénario

Basé sur le roman du même nom d’Hubert Selby Jr., Requiem for a Dream est un drame qui traite de la dépendance de quatre personnes et de leur vision illusoire du bonheur. Sara Goldfarb est une mère veuve fanatique de télévision qui vit seule dans son appartement de Coney Island. Elle nourrit l’espoir obsessionnel d’être invitée sur le plateau de son jeu télévisé favori. Son désir devient réalité quand elle est sélectionnée comme candidate. En attendant de savoir la date de diffusion du grand jour, elle entreprend un régime draconien qui lui permettra de porter à nouveau sa robe rouge préférée pour l’occasion. Pour accélérer la perte de kilos, un docteur minable lui prescrit des amphétamines, dont elle deviendra dépendante.

Héroïnomanes et pauvres, son fils Harry et son copain Tyrone cultivent une conception enfantine et idéaliste de la vie. Dans l’espoir de réaliser leurs rêves, le trio tentera un coup d’argent en vendant de la drogue, mais rapidement, ils ne feront qu’aggraver leur propre dépendance. Marion, la petite amie d’Harry, aussi héroïnomane, veut quant à elle s’éloigner de son père fortuné.

Alors que le quatuor était en quête d’une vie meilleure, leur existence deviendra une spirale infernale cauchemardesque. Sara sera victime de troublantes hallucinations, Harry et Tyron verront leurs magouilles rater et Marion s’adonnera à des bassesses sexuelles pour combler son manque de drogue. Se dégradant graduellement, chacun franchira son point de non retour et s’enfoncera dans un gouffre où règnent l’angoisse, le désespoir et la peur.

Le film est « narrativement » divisé en trois parties : Summer, Fall et Winter. Mais comme le film ne propose pas de happy ending, il n’y a pas de printemps (Spring). Contrairement au shéma narratif de la plupart des films, surtout hollywoodiens, il n’y a pas de résolution du conflit. Au contraire, le conflit s’aggrave…

Motivation des choix

J’ai choisi d’analyser Requiem for a Dream, car le film dénonce le faux idéal de vie meilleure que vante implicitement la société. Il dénonce la propagande de la télévision, l’importance d’être toujours gagnant et les vices humains. La mère veut être mince, les trois copains veulent être riches, mais en voulant atteindre l’impossible, les quatre personnages se noient dans l’excès. Parce qu’ils ne peuvent confronter la réalité, leur vie devient pénible et misérable.

Fait rare pour un film, Requiem for a Dream est une descente aux enfers du début à la fin. Les personnages ne pourraient atteindre davantage le bas-fond dans leur solitude respective. Le rythme de la réalisation et du montage accentuent la lourdeur de leur déchéance. L’esthétique des images est très "vidéoclip" par moments, un peu à la Trainspotting, avec beaucoup de plans subjectifs.

La première fois que j’ai vu le film, cette puissance de la technique qui met en images un scénario critique remarquable m’a troublée, surtout que le tout est soutenu par une musique quasi insoutenable de par son intensité qui épouse parfaitement l’image. Elle accentue l’intensité de l’action, déstabilise et fascine à la fois. Elle est dramatique, mais également aliénante, particulièrement lors des scènes où les protagonistes prennent de la drogue. Dans l’extrait qui sera analysé en détail, sans la musique, la scène, qui constitue sans contredit le paroxysme de l’action du film, ne serait pas aussi efficace, aussi traumatisante et aussi cauchemardesque. Il ne suffit que de regarder l’extrait sans la musique pour le constater.

Ce n’est pas pour rien que le titre du film est Requiem for a Dream. Alors qu’ils voulaient accomplir à tout prix leurs rêves, les personnages se dirigent plutôt vers la mort, d’où le mot requiem. La musique de Clint Mansell soutient parfaitement ce propos sombre et tragique du film, et elle incarne bien l’idée d’un passage d’un état mental à un autre.

LISTE DES THÈMES (IDÉES MUSICALES)

Il est à noter que certains thèmes ont été nommés selon les titres du CD de la bande originale du film.

Quand il est question ci-bas de l’action qui accompagne l’utilisation de chaque thème, davantage de détails sont divulgués dans la Cue List.

Thème 1: thème de l’engrenage infernal, mélodie combinée des sons organiques d’un quatuor à cordes (Kronos Quartet) et de sons électro-acoustiques (synthétiseur et table tournante) de Clint Mansell. La mélodie simple des cordes (en sol mineur) est à forte intensité dramatique (cela fait d’ailleurs penser aux œuvres de Philip Glass) et les mêmes motifs mélodiques sont répétés en boucles. Le beat électronique de fond est écrasant. De concert avec les riffs répétés, cela donne un effet à la fois grave, noir, solennel et majestueux au thème. D’ailleurs, à chaque fois que cette musique commentaire est utilisée dans le film, c’est pour marquer une étape de plus, donc elle démarque la structure narrative du film. Quand on change de parties (Summer, Fall et Winter), elle est utilisée à chaque fois, mais également quand les personnages s’enfoncent de plus en plus dans leurs déboires. La répétition mélodique du thème accentue cet effet de « spirale infernale », d’où le nom que j’ai donné au thème.

D’une apparition à l’autre dans le film, le thème 1 ne subit que très peu de variations au niveau du rythme, mais plus ça va, plus le beat électronique issu d’une table tournante se fait entendre, ce qui donne une effet de plus en plus mécanique, froid et austère.

Dans le film, le thème de l’engrenage infernal apparaît :

1) [ 2:41 – 5:13] :démarre avec les éléments du générique et précède l’annonce de la première partie du film, Summer.

2) [ 22:07 – 23:17] : Sara poste la lettre officielle qui fait en sorte qu’elle accepte de participer à l’émission de télévision, le projet de vente de drogue de Tyrone et Harry se met concrètement en branle.

3) [ 35:11 – 36:33] : Sara est de plus en plus affectée par les médicaments qu’elle prend, qui sont en fait des amphétamines, d’où son surplus d’énergie.

4) [ 46:32 – 47:54] : le vendeur de drogue de Tyrone se fait tuer et celui-ci est arrêté par la police.

5) [ 59:59 – 1:02:20] : Marion s’est prostituée, Harry en est triste, Sara, qui est maintenant presque folle, danse dans sa robe rouge, Tyrone pense avec amertume à sa mère.

6) [ 1:13:02 – 1:13:19] : Sara sort terrifiée de chez elle sans manteau. Elle prend le métro…

7) [ 1:33:52 – 1:37:24] : Sara a subi des électrochocs, Harry s’est fait amputer le bras, Marion a finalement eu sa drogue et Tyrone croupit en prison en pensant à son enfance. C’est la fin. La boucle de l’engrenage infernal est bouclée, mais se poursuit toujours…  

Thème 2 : thème du rêve, tel est le nom donné par la bande originale du film, mais cette musique commentaire, si elle est écoutée sans image du film, semble annoncer davantage l’arrivée d’un événement inquiétant et sinistre que la concrétisation d’un rêve. Sur un beat électronique de fond à intervalles réguliers qui fait penser à des gouttes d’eau qui s’échappent d’un robinet, il y a une fine et calme mélodie jouée au clavier qui a un effet planant, flottant, mais qui donne du même coup le frisson. Après avoir vu le film, on comprend donc que ce thème musicalement angoissant se nomme le rêve, dans le sens d’un rêve qui tourne au cauchemar, ou dans le sens des dangers que peuvent engendrer un rêve.

Dans le film, le thème du rêve apparaît :

1) [ 6:05 – 7:09] - [ 7:20 – 7:37]: Harry et Tyrone discutent d’un moyen de faire de l’argent en vendant de la drogue.

2) [ 10:24 – 11:52] : Sara apprend qu’elle ira à son émission de télévision favorite et regarde

dans sa garde-robe pour trouver sa robe rouge pour le grand jour.

3) [ 18:00 – 18:43] : Harry présente à Marion un plan pour ouvrir une boutique.

4) [ 23:38 – 24:17] : Harry, sous l’effet de la drogue, imagine Marion sur le bord d’un quai.

5) [ 24:24 – 25:09] : Tyrone arrive avec l’héroïne qu’Harry et lui vendront et qui est

« supposée » leur rapporter beaucoup d’argent.

6) [ 32:30 – 34:02] : Tyrone s’imagine enfant.

7) [ 36:34 – 36:58] : On voit Tyrone qui fait l’amour avec sa copine Alice.

8) [ 54:40 – 56:04] : Harry et Tyrone discutent d’un plan B pour vendre de la drogue.

9) [ 1:04:37 – 1:05:44] : Le duo discutent maintenant d’un plan C.

10) [ 1:28:23 – 1:29:29] : Sara signe sans trop le savoir un formulaire. Harry souffre le martyr

en prison à cause de son bras, au grand désarroi de Tyrone.   

Thème 3 : thème du party, rythme rapide, saccadé, techno, mais pas avec un son « techno-dance » de par la lourdeur du « pulsing beat » (qui donne un effet d’une alarme qui sonne) et de par le synthétiseur qui sonne faux en quelque sorte. La musique du thème est parfois diégétique dans le film, parfois commentaire. Elle est souvent utilisée quand les personnages prennent de la drogue ou quand ils vivent un sentiment d’abandon, d’anticonformisme, d’évasion ou de je-m’en-foutisme.

D’une fois à l’autre, selon l’action, quelques procédés électro-acoustiques peuvent différer, mais à peine. L’effet d’alarme est toujours présent, ce qui « écrase » à chaque fois l’atmosphère de la scène.

Dans le film, le thème du party apparaît :

1) [ 5:37 – 6:04] : quand Harry et Tyrone sont sous l’effet de la marijuana (musique de source puisque c’est la musique qu’ils écoutent).

2) [ 7:10 – 7:19] : on est dans les pensées d’Harry.

3) [ 13:08 – 13:43] : Harry et Marion défient pour le plaisir des gardes de sécurité. 

4) [ 15:14 – 15:50] : Harry, Marion et Tyrone prennent de la drogue.

5) [ 29:58 – 31:11] : On voit que les affaires de Harry et Tyrone roulent sur de l’or.

6) [ 1:02:21 – 1:04:36] : Harry et Tyrone tentent en vain d’acheter d’autre héroïne, Marion est

en manque (le party  est maintenant terminé…).

Thème 4 : thème prémonitoire d’un danger (appelé Ghosts Theme sur la bande originale du film), débute par le violoncelle qui en majeur donne un effet de douce voltige à la mélodie euphonique qui suit, jouée par le reste du quatuor, mais à laquelle s’ajoute par moments en mode mineur un motif mélodique interprété à l’alto et répétés en boucles, ce qui présente en contraste un effet de suspense et de paranoïa. Cette musique est associée au couple (Marion et Harry) dans le film. Au début quand ils discutent de leur projet et à la fin quand leurs projets tournent au drame.

Dans le film, le thème prémonitoire d’un danger apparaît :

1) [ 11:52 – 12:43] : Marion et Harry discutent d’avenir.

2) [ 14:19 – 15:13] : Ils dorment maintenant confortablement enlacés, alors que Sara se fait teindre les cheveux.

3) [ 16:20 – 17:59] : Harry et Marion se disent à quel point ils s’aiment.

4) [ 27:40 – 27:59] : Marion se prépare pour aller voir son thérapeute et Harry, jaloux, est quelque peu contrarié.

5) [ 48:20 – 48:58] : Harry et Marion, sous l’emprise de la drogue, manifestent leur amour pour chacun.

6) [ 54:01 – 54:39] : Harry et Marion se chicanent, car ils sont gravement en manque d’héroïne.

7) [ 56:04 – 57:19] : Harry demande à Marion de contacter un certains Arnold pour lui demander de l’argent.

8) [ 1:06:56 – 1:08:07] : Harry revient bredouille à l’appartement et Marion est furieuse (le danger n’est plus prémonitoire…). 

9) [ 1:26:36 – 1:28:22] : Harry téléphone de prison à Marion.  

Thème 5 : thème de la terreur, thème propre au segment « Winter » du film, qui de par son extrême tension, crée un sentiment de panique, d’effroi et de folie. Le rythme des procédés électro-acoustiques est précis, saccadé, rapide et continu, ce qui fait très aliénant, industriel et mécanique. Les brefs motifs répétés en boucles des cordes connotent quant à eux la décadence, une descente aux enfers. Au fur et à mesure qu’on progresse vers la fin du film, le thème 5 subit des variations: le rythme s’accélère, les sons deviennent plus dissonants, de puissants coups de tambour sont ajoutés. Le point culminant dramatique de cette musique et du même coup de l’action est atteint dans la scène qui sera analysée (musicalement) en détails dans ce travail, scène qui reprend toutes les différentes formes musicales du thème de la terreur. 

Dans le film, le thème de la terreur apparaît :

1) [ 1:13:20 – 1:14:42] : Harry et Tyrone vont chercher de la drogue en Floride et Sara passe

pour une cinglée dans le métro.

2) [ 1:17:07 – 1:17:20] : Sara est en ambulance.

3) [ 1:18:32 – 1:18:43] : Sara est sur une civière à l’hôpital.

4) [ 1:20:40 – 1:21:10] : Le bras d’Harry le fait terriblement souffrir.

5) [ 1:22:17 – 1:23:18] : Harry et Tyrone sont à l’hôpital, Sara est forcer de prendre des

médicaments pour se « calmer ».

6) [ 1:23:34 – 1:23:59] : Le docteur vient voir Harry.

7) [ 1:24:48 – 1:25:18] : Sara est attachée de force pour manger.

8) [ 1:25:42 – 1:25:48] : Harry et Tyrone se font arrêter par la police à l’hôpital.

9) [ 1:26:01 – 1:26:35] : Sara se débat contre le personnel infirmier. Elle hurle.

10) [ 1:29:30 – 1:32:55] : scène qui sera analysée en profondeur.         

Thème 6 : thème de l’aliénation, ce thème est marqué par un beat électronique grave qui est répété, accompagné par la mélodie aigue relativement stridente d’un synthétiseur qui est elle aussi répétée. Des effets sonores électroniques donnant une ambiance angoissante sont également ajoutés par moments au thème. Ce thème est dans le film surtout associé à Sara qui devient obsédée par son régime et qui souffre de plus en plus des effets secondaires hallucinatoires des pilules qu’elle prend. La musique de ce thème crée une tension, soulignant la nervosité de Sara, l’aliénation mentale que cause sa volonté de maigrir. Le thème accompagne aussi Marion qui est en manque d’héroïne, donc qui est aliénée à la drogue.

Dans le film, le thème de l’aliénation apparaît :

1) [ 19:18 – 19:38] : Sara débute son régime et imagine son réfrigérateur débordant de nourriture.

2) [ 26:34 – 26:57] : Couchée dans son lit, Sara hallucine de la nourriture qui vole de son plafond.

3) [ 29:05 – 29:28] : Sara se fait peser chez le docteur.

4) [ 52:18 – 53:46] : Marion est en sérieux manque d’héroïne.

5) [ 1:09:05 – 1:09:50] : Sara hallucine que l’équipe de télévision débarque chez elle.

6) [ 1:16:17 – 1:17:06] : Comme dernier recours, Marion contacte un homme qui pourrait lui

fournir de la drogue (en échange de services sexuels).

7) [ 1:17:07 – 1:17:20] : Marion est chez l’homme en question.    

Thème 7 : thème du mystère, qu’une fine mélodie aigue est répétée en sourdine. C’est un thème qui agit souvent en tant qu’intermédiaire entre deux scènes. Il crée un mystère, un suspense et crée une atmosphère d’angoisse.

Dans le film, le thème du mystère apparaît :

1) [ 19:39 – 20:00] : Marion est nue et se regarde dans le miroir.

2) [ 1:21:11 – 1:21:56] : Marion vient de se prostituer et Sara est à l’hôpital. Le médecin lui pose des questions.

3) [ 1:23:19 – 1:23:33] : Tyrone est à l’hôpital et il se sent surveillé (pendant qu’Harry subit son examen).

4) [ 1:24:00 – 1:24:17] : Marion regarde une photographie d’elle et Harry.

5) [ 1:25:19 – 1:25:41] - [ 1:25:57 – 1:26:00] : Marion se maquille avec attention. Pour quel événement??      

CUE LIST  

Cues

Description de l’action, de la musique ou des dialogues

* 0:00:00 – 0:00:16

Durant la présentation des logos des boîtes de production et de distribution du film, on peut entendre en sourdine de fines notes aigues jouées l’une après l’autre sur un clavier, et dont la mélodie est répétée en boucles. Crée, anticipe un mystère, une angoisse.

0:00:17 – 0:00:48

On voit une genre d’info-pub mettant en vedette un gourou qui vante la philosophie du gagnant, soit l’importance d’être « winner ». C’est coupé ici et là d’éléments du générique du début du film.

* 0:00:49 – 0:00:56

Après la présentation du réalisateur, la musique en sourdine du début revient.

* 0:00:56 - 00:02:34

Parfois, on ne l’entend qu’en sourdine, parfois c’est plus fort, mais on devine le son d’instruments à cordes qui s’accordent, tandis qu’une mère (Sara) et son fils (Harry) se disputent, car Harry, à court d’argent, vient encore une fois chercher la télévision de sa mère pour la vendre.

0:02:35 – 0:02:37

Passage génial ici. Alors qu’on vient d’entendre des instruments à cordes s’accorder, on entend des coups de baguette (telle celle d’un chef d’orchestre).

0:02:38 – 0:02:40

Sans aucun bruit ou musique d’arrière-fond, Sara, maintenant seule se parle à elle-même et dit: « at the end, it’s all right », réplique fort paradoxale quand on connaît le dénouement du film, paradoxe qui est mis en valeur par…

*0:02:41 – 0:02:59

Le titre du film apparaît sur fond noir, qui est « annoncé » par un violent bruit (non diégétique) qui s’apparente à une porte de garage « industrielle » qu’on ferme brusquement. Immédiatement après, le thème musical 1 fait son entrée. Avec les instruments qui s’accordaient et le chef d’orchestre qui « ramenaient les musiciens à l’ordre » il y a quelques secondes à peine, cela donne un effet très intense, comme si au même titre que le film, le requiem débutait, donc la descente des personnages vers la mort également.

* 0:03:00 – 0:03:18

Le thème interprété par des instruments à cordes s’estompe (prend plutôt une pause) et on entend à nouveau la fine mélodie répétée du début, ce qui donne encore un effet « dossier mystère », un effet « à suivre », car l’action présente Harry, qui sort de l’appartement de sa mère et qui sort dans la rue avec son ami Tyrone avec la télévision.

* 0:03:19 – 0:05:12

Le thème musical 1 accompagne l’image. Entrecoupé par la présentation des crédits du film, on voit Harry et Tyrone qui parcourent la ville en poussant la télévision sur roulettes. La musique donne le ton dramatique du film et accentue l’impatience de la scène, d’autant plus que les personnages semblent nerveux, pressés d’arriver à destination.

0:05:13 – 0:05:15

Le violent bruit genre « porte de garage industrielle qui ferme » se fait encore entendre et sur fond noir, on annonce la première partie du film: « Summer ».

0:05:16 – 0:05:29

Les deux gars discutent avec un vendeur d’équipements de seconde main pour vendre la télévision.

0:05:30 – 0:05:36

Série d’effets sonores: un sac de plastique qui s’ouvre, briquet qui s’allume, quelque chose qui bout, etc., alors que l’image présente une succession de gros plans d’une cuillère, de poudre blanche, d’une seringue, de la pupille d’un œil dilatée. (On devine que les gars ont pris l’argent de la télévision pour s’acheter de l’héroïne.)

* 0:05:37 – 0:06:04

Bien enchaînée avec la série d’effets sonores, débute le thème 3 (thème du party). Cette musique diégétique souligne l’état des personnages, qu’on voit sous l’effet planant, mais lourd de la drogue. Comme ils dansent, cela donne un effet « rave » et rend le plan très subjectif pour les spectateurs par rapport aux personnages, car on entend en quelque sorte leur coeur qui bat au rythme effréné de la musique.

* 0:06:05 – 0:07:09

Alors qu’un changement de scène présente Harry et Tyrone en train de manger au comptoir d’un restaurant (leur high a diminué), le thème 2 (thème du rêve) plus calme fait parfaitement son entrée en douceur, ce qui souligne l’état plus lucide des personnages. Mais les deux amis parlent de leur « rêve » de faire une tonne de fric en vendant de la drogue. Le rythme électronique derrière la musique, superposé à des sons répétés ressemblant à ceux des aiguilles d’une montre, devient plus fort vers la fin de la scène, plus angoissant. Justement, un policier s’assoit à leurs côtés et Harry contemple son fusil, sous le regard désapprobateur de Tyrone…

* 0:07:10 – 0:07:19

Alors qu’Harry prend le fusil et se moque du policier, la musique techno du thème 3 revient en force.

* 0:07:20 – 0:07:37

Le thème 2 revient au même moment où on voit soudainement le serveur demander à Harry si il désire autre chose. (On comprend du coup que ce qu’on a juste vu n’est que le fruit de l’imagination d’Harry, une hallucination causée probablement par la drogue. C’est donc pour cette raison que le thème 3 du party a été précédemment réutilisé, car le spectateur l’avait déjà associée à un état « sous l’effet de la drogue » (ou tout simplement à un état d’abandon).

Harry reprend donc ses esprits, répond par la négative au serveur et les deux acolytes quittent les lieux.

0:07:38 – 0:08:15

Sans musique, on voit Sara qui « réachète » sa télévision pour une inième fois au revendeur.

0:08:16- 0:08:39

Une série d’effets sonores reliés à des gros plans, cette fois-ci de télécommande de télévision, d’écran qui s’allume, etc., nous présente Sara qui peut enfin écouter son émission de télévision préférée (celle qu’on voit au début du film) et qui se culpabilise car elle entame une boîte de chocolat.

* 0:08:40 – 00:08:49

On entend subtilement les sons angoissants d’un clavier, la même note est jouée et maintenue lentement deux fois. Sara mange un chocolat, alors qu’il y a un zoom-out d’elle qui regarde la télévision.

* 0:08:50 – 00:09:41

De façon continue, un doux et léger rythme techno régulier « prend le dessus » musicalement. On change également de scène. Harry va rejoindre sa copine Marion et le couple s’infiltre dans un immeuble pour aller sur le toit.

0:09:42 – 0:10:23

Au son d’un coup de téléphone, la musique s’arrête, on change de plan et de lieu pour l’appartement de Sara (on entend en bruit de fond la télévision qui est allumée). Celle-ci apprend qu’elle a été sélectionnée pour participer à son émission favorite.

* 0:10:24 – 0:10:48

Dans la même scène, alors qu’elle parle au téléphone avec le représentant de l’émission, Sara devient de plus en plus émue que le grand jour arrive enfin, et justement,de façon très subtile, le thème 2 du rêve démarre.

0:10:49 – 0:11:52

Le thème 2 se poursuit de plus en plus fort, mais on change de plan. On voit Sara qui regarde une vieille photo sur laquelle elle portait sa robe rouge favorite. Elle fouille ensuite dans sa garde-robe pour la trouver, l’enfile, mais constate qu’elle ne lui fait plus.

* 0:11:52 – 0:12:43

On change de scène, on voit Harry et Marion qui sont sur le toit de l’immeuble, ce qui donne une vue de haut sur la ville. La musique devient justement plus planante, plus hasardeuse (Marion lance d’ailleurs une avion en papier) et à 0:12:23, on peut justement distinguer une mélodie et le thème 4 prémonitoire d’un dangerpour une première fois. Marion parle de ses parents fortunés qu’elle veut renier. Harry lui propose donc naïvement d’ouvrir un jour une boutique. La musique solennel et très douce du thème, met l’emphase sur l’amour sans condition des deux personnages, mais aussi sur la liberté (illusoire) qu’ils ont l’impression d’avoir à cause de cet amour.

0:12:44 - 0:13:07

La musique prend fin et on change de scène quand Sara cogne à la porte d’une de ses voisines, voisine qui lui propose de faire un régime pour pouvoir porter sa robe rouge à nouveau.

* 0:13:08 – 0:13:43

On revient au couple qui rentre dans l’immeuble, Marion déclanche pour «s’amuser» l’alarme de l’édifice et le couple doit s’échapper des gardiens de sécurité. Au même moment (précisément à 0:13:13), le thème 3 du party débute, thème qui rappelons-le, telle la scène, est relié au plaisir, à l’abandon. D’ailleurs, les effets sonores de l’alarme se juxtaposent fort habilement avec la musique techno du thème et accentue l’aspect d’urgence, la thématique « poursuite» de la scène.

0:13:44 – 0:14:18

La musique prend fin et on change de scène. On voit Sara qui, toujours en regardant la télévision, lit un régime. Des effets sonores électroniques stridents utilisés avec beaucoup de réverbération accompagnent des gros plans sur ce qu’elle lit: « NO sugar », « NO dressing », NO ci, No ça, etc., ce qui nous fait anticiper l’obsession dont va souffrir Sara.

* 0:14:19 – 0:15:13

Juste avant de changer de scène, le thème 4 prémonitoire d’un danger recommence. On voit ensuite, par un zoom-in du haut, Marion et Harry qui ont l’air si bien endormis, enlacés sur un divan. On retourne encore à Sara qui se fait teindre les cheveux par sa voisine qui lui dit combien elle sera belle. Dans cette scène, la musique du thème annonce de façon implicite que les rêves respectifs des personnages auront des conséquences négatives dans leur vie.

* 0:15:14 – 0:15:50

Début du thème 2 du rêve qui est immédiatement interrompu par le thème 3 du party, ce qui colle tout à fait à la nouvelle scène, car Marion lance à Harry et Tyrone: « anybody wants to waste some time », et on voit dans une succession de gros-plans que chacun ingère une pilule (probablement du speed ou de l’extazy). Par-dessus la musique et les images en accéléré de leur trip, on entend également en flashback une discussion du trio sur une future magouille de drogues qui leur permettra de faire un coup d’argent. (Ce flashback sonore est difficile à expliquer sur papier…)

0:15:51- 0:16:19

On retourne sans musique à Sara qui est déçue de sa teinture et qui le manifeste à sa voisine. Sa chevelure est maintenant orange et non rousse comme prévu.

* 0:16:20 – 0:17:59

Début du thème 4. En plan rapproché, Harry et Marion sont couchés et se disent à quel point ils s’aiment et tiennent l’un à l’autre. Comme cette scène est accompagnée du thème prémonitoire d’un danger, on peut prévoir que leur relation sera appelée à changer.

* 0:18:00 – 0:18:43

On passe au thème 2 du rêve. Maintenant levés, Harry présente à Marion un dossier qu’il a préparé pour l’ouverture éventuelle de leur boutique. On passe d’ailleurs à la scène suivante par un long fondu en blanc très lumineux.

0:18:44 – 0:19:17

Sans musique, Sara vérifie si elle a du courrier (elle attend désespérément des nouvelles de l’émission pour connaître la date de son apparition). Ensuite, elle est table et s’apprête à manger un maigre repas dicté par son régime.

* 0:19:18 – 0:19:38

Dans la même scène, le thème 6 de l’aliénation débute, ce qui est très mystérieux et angoissant, car on constate que Sara regarde sans cesse le réfrigérateur et devient graduellement compulsive face à la poursuite de son régime draconien.

* 0:19:39 – 0:20:16

On change de scène. On voit Marion qui se regarde nue dans le miroir. De façon presque continue, on passe au thème 7 du mystère. Ensuite, au même moment que Marion prend de la cocaïne, un son électronique évasif s’apparentant à de l’air dans un tuyau s’amorce, et se transforme graduellement en une mélodie genre « new age », ce qui colle avec l’état second de Marion, accentué par un long fondu au blanc vers la prochaine scène.

0:20:17 – 0:22:06

Sans musique, on revient à Sara qui regarde toujours son émission de télévision fétiche. Elle semble de plus en plus troublée, elle regarde sans cesse son réfrigérateur. On peut entendre les aiguilles de son horloge qui défilent. Elle décide de sortir dehors pour aller prendre du soleil avec les dames de son immeuble. Une voisine lui parle de pilules pour maigrir. Le facteur passe et lui annonce qu’elle a du courrier. On devine à peine subtilement le début d’une mélodie…

* 0:22:07- 0:22:17

Toutes les dames sont dans l’appartement de Sara avec elle pour connaître le contenu de sa lettre provenant de la station de télévision. On peut maintenant clairement deviner le thème 1 de l’engrenage infernal qui annonce implicitement une seconde étape du récit.

0:22:18 – 0:23:17

Le thème 1 se poursuit, mais on change de scène: le projet de vente de drogue d’Harry et Tyrone se met « officiellement » en branle et on revient à Sara et à sa bande qui postent la lettre de retour à la station de télévision. C’est ici la seconde fois dans le film qu’on entend le thème 1, qui de par son intensité dramatique, annonce également implicitement le début de la fin.

* 0:23:18 – 0:23:32

De par une série d’effets sonores accompagnée de gros plans (briquet, papier à rouler, marijuana), on voit Harry qui s’allume un joint dans son appartement. Juste après, une musique techno avec des sons qui donnent l’effet de «sifflements dans des tuyaux » débute sur une image accélérée d’Harry qui tue le temps, qui rappe sur sa table à scratch.

* 0:23:38 – 0:24:17

La musique et l’accéléré s’arrêtent brusquement. Le thème 2 relié au rêve débute et justement, on passe dans la subjectivité d’Harry. Il regarde par la fenêtre qu’il imagine tel un quai donnant sur la mer. Avec la musique et sans aucun son diégétique, on voit Marion au bout du quai, Harry qui court vers elle et qui l’interpelle. Quand elle se retourne, on entend un bruit de porte et la musique s’arrête. C’est que Harry a repris ses esprits quand Tyrone est entré tout souriant dans l’appartement.

* 0:24:24 – 0:25:09

Au même moment où Tyrone dépose sur la table de l’héroïne, le thème 2 du rêve reprend, ce qui colle au dialogue. « This is all our chance to make it big. We play it right », lance Harry à Tyrone, en faisant allusion au fait que la drogue est à vendre et non à consommer. Mais Tyrone réussit à convaincre à Harry d’essayer le stock « so we know how much to cut ».

0:25:10 – 0:25:34

Comme à chaque fois que les personnages consomment de la drogue, il y a une série d’effets sonores accompagnés de gros plans (cette fois-ci d’un briquet, de liquide qui bout, de seringue, d’une pupille qui se dilate, etc.), ce qui est suivi par un plan des deux personnages qui sont bien « partis ». Long fondu au blanc…

0:25:35 – 0:26:33

Qui s’ouvre sur Sara qui écoute encore son gourou à la télévision qui parle d’un régime sans sucre. On constate que Sara ne va pas très bien. Avec des effets sonores en sourdine « mécaniques » très angoissants, Sara hallucine des plats gourmands dans son appartement et hallucine son réfrigérateur plein de nourriture. D’ailleurs, à la fin de la scène, elle n’en peut plus, dit: « shut up », et ferme la télévision pour aller se coucher.

* 0:26:34 – 0:26:57

Le thème 6 de l’aliénation démarre et on voit en plan de haut Sara en sueur qui est couchée dans son lit. Des effets sonores électro-acoustiques « surnaturels » s’ajoutent au thème quand Sara imagine des aliments voler au plafond.

0:26:58 – 00:27:15

Tout s’arrête quand Sara se lève brusquement pour téléphoner à sa voisine pour lui dire: « I need the number of that doctor ».

00:27:16 – 00:27:39

On change de scène. On voit Marion qui se maquille devant le miroir en discutant avec Harry qui est assis sur le lit derrière elle. Au désarroi d’Harry, Marion lui explique qu’elle va voir son thérapeute encore une fois pour ne pas qu’il dise à ses parents qu’elle a arrêté la thérapie.

* 00:27:40 – 00:27:59

Alors que Marion saute sur le lit pour taquiner Harry en lui disant qu’il est jaloux, le thème 4 prémonitoire d’un danger débute à peine, donc on peut deviner que Harry sera appelé plus loin dans le film à être véritablement jaloux.

00:28:00 – 00:28:48

Marion soupe au restaurant avec son thérapeute et elle le manipule. (Discrète fine mélodie grave électronique en arrière-fond?)

* 00:28:49 – 00:29:28

Sara est chez le docteur. Elle se fait peser par une infirmière. Ensuite (à 29:05), le thème 6 de l’aliénation débute, ce qui souligne l’état psychologique de Sara qui est découragée par son poids. Le médecin entre, lui dit qu’elle a des kilos à perdre et qu’il va l’aider.

* 00:29:29 – 00:29:42

On change de scène et de musique, musique qui devient un beat électronique un peu hip hop. Quant à l’action, c’est Tyrone qui vend de l’héroïne.

00:29:43 – 00:29:57

Le beat se poursuit, mais on change de plan sur Marion qui prend de l’héroïne. L’image devient en accéléré (on voit Marion qui découpe des photos), prend alors le dessus sur le précédent beat (toujours présent toutefois), une musique électronique très glissante et très rapide (table tournante), tels des insectes qui grouillent (ce qui va bien avec l’accéléré). Cette musique et l’accéléré s’estompent…

* 00:29:58 – 00:30:09

Juste après que le thème 3 du party ait embarqué et qu’on change de plan sur Harry qui vend aussi de la drogue dans la rue. Depuis 00:29:29, par un montage parallèle, l’action juxtapose plusieurs images, personnages et lieux. Le spectateur a donc l’idée d’une perte de contrôle, ce qui est accentué par l’utilisation du thème du party (évoquant l’abandon).

00:30:10 – 0:30:28

La musique s’estompe et on voit Harry qui va rejoindre Marion à son appartement. Celui-ci est heureux de tout l’argent qu’il vient d’empocher, tout comme Marion. Le beat de fond continue.

0:30:29 – 0:31:11

Partie difficile à expliquer. Le thème 3 du party continue et une série d’images présentées en rafale nous fait comprendre que les affaires continuent d’aller bien, que l’argent coule à flot, que le plan d’ouverture d’une boutique par Harry et Marion fait son chemin. La scène se termine par Tyrone et Harry qui cachent une boîte à souliers remplie d’argent. Le thème 3 est parfaitement de mise, car le trio (Marion, Harry et Tyrone) pète le feu.

0:31:12 – 0:31:48

Fondu au noir, on change de scène et la musique s’arrête. Sara, qui a l’air de plus en plus mal en point, est en train de séparer selon chaque repas les pilules que le docteur lui a prescrites pour maigrir. Elle regarde encore d’un œil méfiant le réfrigérateur. Elle avale un comprimé avant de manger un sandwich.

* 0:31:49 – 0:32:23

Alors qu’on la voit à la fois manger et regarder avec défi le frigo (comme si elle le personnifiait), une musique de cirque répétitive débute, mais graduellement, le « pitch » de la musique varie. Avec des images montrées en rafale présentent Sara qui devient énergique, qui exécute quelques exercices, qui se fait un café, et cette musique de cirque utilisée en contre-point, auquel le bruit de la télévision s’ajoute, la scène devient « chlostrophobique ».

0:32:24 – 0:32:29

Tout redevient silencieux quand Sara ferme la télévision (ce qui laisse croire que c’est en partie la télévision qui l’aliène) et prend sa chaise de parterre pour aller prendre de l’air dehors et qui regarde avec avidité en sortant si elle a du courrier (de la station de télévision).

* 0:32:30 – 0:34:02

Changement de scène sur Tyrone qui s’allume un joint. Le thème 2 du rêve démarre. Justement, Tyrone, qui est avec sa copine Alice, admire les nouveaux miroirs qu’il a pu s’acheter. On est ensuite plongé durant l’enfance de Tyrone. Celui-ci court vers sa mère pour lui dire: « I’ve told you mom one day I’ll make it ». Sa mère lui répond : « You don’t have to make anything sweety, you juste have to love your mama ». Alice va interrompre Tyrone de ses pensées. Il va aller la rejoindre dans le lit et lui dira qu’il veut une vie paisible et heureuse. Le thème 2 du rêve va parfaitement de pair avec la signification de cette scène.

0:34:03 – 0:35:00

Le thème 2 s'atténue en sourdine, Harry discute avec Marion au bord de la mer d’un cadeau qu’il pourrait acheter à sa mère: une télévision! Graduellement, la musique se résume à celle d’un clavier, musique aigue, planante, qui va de pair avec la mer, mais qui est obscure aussi.

0:35:01 -  0:35:10

Une succession d’effets sonores et de gros plans nous présentent Marion et Harry qui prennent de l’héroïne, ainsi que Sara qui ingère ses pilules et qui « carbure » au café…

* 0:35:11 – 0:36:33

C’est suivi d’un accéléré des aiguilles d’une horloge, de Sara qui s’affaire sans arrêter dans la maison à faire du ménage et du thème 1 de l’engrenage infernal qui fait musicalement son entrée. Toujours en accéléré, on voit Sara qui regarde la télévision. On entend aussi en accéléré le bruit de la foule assistant à l’émission (dont elle est définitivement obsédée). Ici, on en déduit que Sara devient de plus en plus obnubilée à l’idée d’y participer et de maigrir pour l’occasion, et que son état a franchi une autre étape vers le bas. L’accéléré prend fin par Sara qui se scrute devant le miroir. À la fin de la scène, elle s’endort devant la télévision. Fondu au noir…

* 0:36:34 – 0:36:58

Le thème 2 est repris pendant qu’on voit de haut (d’une caméra qui tourne sur elle-même), Tyrone qui fait l’amour avec Alice.

* 0:36:59 – 0:37:58

Le thème se tamise pour un beat électronique agaçant, qui accompagne une suite de plans présentant en alternance Sara qui avale un comprimé, qui se pèse, qui essaie sa robe rouge, qui regarde désespérément son courrier et ainsi de suite. Le beat est mixé avec de petits rires sournois, ce qui souligne son état psychologique qui lutte contre une force quelconque. On aperçoit ensuite Sara qui est dehors et qui dit à ses voisines que sa robe lui fait presque. Ensuite, Harry arrive en taxi pour la visiter, à sa grande surprise.

0:38:00 – 0:46:18

À l’intérieur, Sara demande sans cesse à Harry si il a faim. Il lui répète que non. La mère annonce fièrement à son fils qu’elle a perdu 25 livres et lui annonce à sa mère qu’il est désolé pour ses mauvais coups du passé et qu’il a un cadeau pour elle, une nouvelle télévision. En sourdine, on peut très subtilement (durant à peine trente secondes) deviner une douce musique électronique qui fait très « familiale » (quelque peu triste toutefois), mais on entend Sara claquer des dents et Harry qui devine alors que sa mère prend des amphétamines (une forme de speed). Harry tente de raisonner sa mère en lui disant que passer à la télévision n’est pas important, mais Sara lui répond : « I’m somedy now (…) It makes tomorrow allright.», car elle se sent seule et vieille. Harry lui promet de retourner la visiter bientôt.

* 0:46:19 – 0:46:45

Harry est dans un taxi et pleure. Une musique électronique à la mélodie rapide, aigue, répétitive et angoissante accompagne l’image, mélodie qui s’arrête quand Harry prend de l’héroïne, qui laisse place à une basse morne et lourde, ce qui montre bien que la drogue a neutralisé ses émotions.

* 0:46:46 – 0:46:31

On voit Tyrone qui discute dans une limousine avec celui pour qui il vend de la drogue et ses deux « servants ». On lui offre un genre de promotion. On devine le son de violons qui s’accordent, donc on sent que quelque chose se prépare. La fenêtre qui le sépare du chauffeur s’ouvre et ce dernier tue le « dealer » (Tyrone est sain et sauf), les violons deviennent plus fort, aux sons de d’autres coups de fusil.

* 0:46:32 – 0:46:35

Comme la première fois, un bruit d’une porte de garage industrielle qui se ferme brusquement annonce l’intertitre sur fond noir de la seconde partie du film: « Fall ». Le thème 1 débute presque au même moment…

* 0:46:36 – 0:47:54

Il se poursuit et on voit Tyrone en contre-plongée, couvert de sang, qui s’enfuit en pleurant (on court parfois avec lui en plan subjectif), mais la police l’arrête. Encore une fois ici, le thème 1 de l’engrenage infernal agit en annonçant une nouvelle étape plus dramatique du film, que la déchéance des personnages franchit un autre stade.

0:47:55 – 0:47:58

Sans musique, succession de gros plans qui nous font comprendre qu’on a enfilé les menottes à Tyrone et que Sara persiste plus que jamais à avaler massivement des comprimés pour maigrir.

0:47:59 – 0:48:19

Dans le silence plus complet, on voit en contre-plongée exagérée l’immense nouveau téléviseur de Sara. Le plan suivant, on voit le point de vue inverse: on voit Sara en plongée. Son appartement est très sombre. Elle prend une autre pilule et une autre. La télévision semble de plus en plus grosse et Sara de plus en plus dérangée.

*0:48:20 – 0:48:58

Autre succession de gros plans d’injection d’héroïne, suivi d’un plan de haut d’un point de vue de caméra qui tourne sur elle-même en montant dans les airs (effet tourbillon), qui nous présente Marion et Harry sous l’effet de la drogue qui sont couchés par terre avec en musique le thème 4 prémonitoire d’un danger, qui ne laisse justement pas un bon présage…

0:48:59 – 0:49:04

La musique s’arrête, on change de plan. On aperçoit à la vitesse normale Tyrone, découragé, derrière les barreaux et en arrière-plan, des prisonniers qui s’affairent à leurs besognes en accéléré.

0:49:05 – 0:50:09

Toujours en contre-plongée très marquée, on voit Sara qui parle au téléphone avec l’infirmière du docteur pour s’assurer que ses nouvelles pilules sont aussi fortes que les précédentes. On la rassure que oui, qu’elle ne fait que s’ajuster aux doses. Après avoir raccroché, Sara prend non pas un comprimé, mais deux comprimés, puis ouvre sa télévision pour son émission. Elle imagine ensuite qu’elle est la participante du jour. Son réfrigérateur se met alors à faire de violents bruits et à bouger (hallucination)…

0:50:10 – 0:51:00

On revient à Tyrone en prison. Il en sort, car Harry est venu le chercher. Harry lui annonce qu’ils se sont fait prendre la quasi-totalité de leur fric à cause d’une guerre de gangs.

0:51:01 – 0:51:14

On retourne à Sara qui avale 3 (!) comprimés. Elle perd vraiment la boule, tourne en rond dans son appartement, a des tics nerveux, son coeur bat à tout rompre, ses pupilles sont dilatées. On peut percevoir un bruit de fond (plus strident et plus aigu qu’un réfrigérateur par exemple).

0:51:15 – 0:51:40

Le bruit de fond se poursuit, mais on change de plan, plan qui présente en accéléré une vue de haut sur Marion qui tourne désespérément dans son lit. Le bruit s’arrête, elle se réveille en sursaut et en sueur d’un mauvais rêve,

commentaire

On peut constater que depuis la seconde partie (« Fall »), le rythme et le montage du film sont de plus en plus rapides.

0:51:41 – 0:51:52

On voit Harry qui s’est levé pour aller chercher un verre d’eau à Marion. Ce dernier jette un coup d’œil sur son bras qui est mal en point à cause des injections d’héroïne.

* 0:51:53 – 0:53:46

Harry revient dans la chambre et donne le verre à Marion, qui elle, est en manque d’héroïne. Le thème 6 de l’aliénation (vers 0:52:18) débute. Le couple retourne au lit en se disant que : « everything will be OK ».

0:53:47 – 0:54:00

Le lendemain matin, on change de scène: Sara est chez le docteur. Elle est filmée avec tellement de profondeur de champ que l’image est déformée, tels les sons ambiants d’ailleurs. L’infirmière la pèse. On passe en ralenti, le médecin entre dans la pièce, lui dit qu’elle n’a pas à s’en faire avec les hallucinations et que son poids est parfait…

* 0:54:01 – 0:54:39

On passe à Marion et Harry qui sont sévèrement en manque d’héroïne. Le thème 4 prémonitoire d’un danger donne un effet paranoïaque et je dirais que c’est la première fois dans le film qu’il n’est pas utilisé pour annoncer un danger, mais pour véritablement montrer les conséquences d’un danger. Le couple se chicane. À 0:54:33, il y a une coupure dans la mélodie, il y a une montée dramatique d’un violon sur de lourds effets sonores électroniques. Au même moment, exaspéré, Harry prend son manteau et s’en va brusquement.

*0:54:40 – 0:55:01

On passe musicalement au thème 2 du rêve. Harry est avec Tyrone devant leur cachette d’argent (qui n’en contient plus beaucoup). Tyrone concède à Harry d’en prendre un peu.

0:55:02 – 0:56:04

Le thème 2 du rêve continue. Sous un quai, Harry et Tyrone, sous l’effet de la marijuana, discutent d’un prochain coup d’argent.

Commentaire

On comprend peu à peu pourquoi le thème 2, associé au rêve, était si sombre et si austère depuis le début de film. C’est que le rêve des personnages commence à tourner en cauchemar…

*0:56:05 – 0:57:19

Le thème 4 prémonitoire d’un danger est repris dans cette scène. Harry demande à Marion de contacter un certain Arnold pour de l’argent. Marion dit que l’argent n’est pas un problème, c’est ce qu’elle devra faire pour l’avoir qui est un problème. À ce moment, il y a la même coupure mélodique qu’à 0:54:33 (montée dramatique d’un violon sur de lourds effets sonores électroniques), l’intensité s’accentue, mais juste quand Harry lui répond que la business rentrera dans l’ordre sous peu, le violon s’arrête et le violoncelle reprend une douce mélodie qui connote l’espoir.

*0:57:20 – 0:58:38

On change de scène. Marion soupe au restaurant avec le Arnold en question. Il y a une musique électronique mystérieuse en sourdine. Le mec met sa main sur celle de Marion. La musique devient de plus en plus forte et stridente. Marion plante sa fourchette dans la main de gars. « Ouach »,se dit-on, mais on est en fait dans ses machiavéliques pensées. On revient à la scène avec la musique en sourdine et Marion demande à Arnold une faveur, celle de lui prêter de l’argent.

* 0:58:39 – 0:59:16

La réplique « May I ask what for? » débute l’autre plan, alors que Marion se déshabille à côté d’Arnold dans un lit. Il se met à l’embrasser sans finesse. De façon très subtile, on devine des sons électroniques qui amplifient le dégoût et le désespoir de Marion.

0:59:17 – 0:59:58

On change de plan sur Harry qui regarde la télévision. Ce dernier se morfond à attendre Marion. Les effets sonores électroniques se poursuivent. Il ne peut s’empêcher de visualiser avec ressentiment Marion avec un autre homme. Harry prend alors de l’héroïne et s’étend mollement sur le divan.

* 0:59:59 – 1:01:05

Le thème 1 de l’engrenage infernal débute et on voit Marion marcher dans les longs corridors de l’immeuble d’Arnold (tourné avec beaucoup de profondeur de champ). Elle semble altérée, remplie de honte et dégoûtée. Encore une fois, le premier thème souligne un pas de plus vers le bas-fond : Marion s’est prostituée pour du fric. Marion prend l’ascenseur, et dès qu’elle sort à l’extérieur où il fait orage (les coups de tonnerre se mêlent habilement à la musique), elle vomit.

1:01:06 – 1:02:20

En fondu, on change de scène vers un gros plan d’un œil qu’on maquille. Le thème 1 se poursuit, les effets sonores réguliers de tables tournantes sont plus forts. On change encore de plan et on voit Marion qui rentre dans son appartement, Harry se lève péniblement. Marion s’assit à ses côtés, il y a un malaise entre les deux. Le violon joue à répétition le même accord strident (1:01:39) et en fondu, on revoit en gros plan une madame qui se maquille de façon exagérée (on devine que c’est Sara), autre coupure d’image sur une photographie d’une femme afro-américaine, en l’occurrence la mère de Tyrone. On coupe alors sur lui, qui regarde avec nostalgie le portrait. En zoom-out de Tyrone, il y a un fondu vers un gros plan sur Sara qui est exagérément maquillée, son image se dédouble. Elle danse seule dans sa chambre dans sa robe rouge (elle n’est vraiment pas saine d’esprit). Le thème prend fin, thème qui réunissait en quelque sorte les états décadents des quatre personnages et on se demande justement s’ils vont s’en tirer.

* 1:02:21 – 1:04:02

Le thème 3 du party, de l’abandon débute. Tyrone et Harry sont dans une épicerie en dehors des heures d’ouverture et ils se dirigent à l’arrière pour franchir la porte de l’entrepôt. Cette action est montée en parallèle, donc présentée en alternance avec celle de Marion, qui elle est dans son appartement et sévèrement en manque d’héroïne. Quand Tyrone et Harry sont dans l’entrepôt, la musique est très forte, en plus du bruit de la foule, foule qui comme eux, est présente pour aller acheter de la drogue (pour ensuite la revendre) auprès des têtes dirigeantes d’un réseau.

Commentaire

Contrairement au début du film, l’utilisation du thème 3 du party rend ici la scène lourde et oppressante. On entrevoit que cela va mal tourner, le party est terminé…

1:04:03 – 1:04:18

Dans la même scène, le thème s’interrompt brusquement, alors qu’on est en plan « tête » sur Marion qui délire. Des bruits électroniques secs très répétitifs accompagnent l’image (qui amplifient son état physique et psychologique) et on revient à Tyrone qui tente avec insistance de se faire une place parmi la foule pour être assuré d’avoir de la drogue. La foule est de plus en plus agressive. Quelqu’un tire un coup de feu en l’air, donc les têtes dirigeantes du réseau se mettent à leur tour à tirer sur la foule, donc tout le monde s’enfuit.

* 1:04:19 - 1:04:36

Après le dernier coup de feu, le thème 3 repart et on change de plan vers la foule qui, pris de panique, court dans l’épicerie. Une fois à l’extérieur, on voit Tyrone et Harry qui regardent dépités le camion des vendeurs de drogues quitter les lieux.

* 1:04:37 – 1:05:44

De retour dans l’appartement d’Harry, les deux gars prennent conscience qu’ils sont devenus des junkies et cherchent d’autres moyens pour se procurer de l’héroïne dans les plus brefs délais. Ils montent un plan. Le thème 2 du rêve accompagne la scène, mais on devine aisément que le plan sera sans doute un échec.

1:05:45 – 1:06:55

On change de scène vers Sara qui avale des comprimés. Rien ne va plus pour elle. Des effets sonores et un éclairage scintillant illustrent qu’elle souffre de violentes hallucinations. Elle porte sa robe rouge, elle est cernée, les rideaux des fenêtres sont clos. On entend des sirènes, le bruit d’un téléphone décroché et Sara hallucine toujours que son réfrigérateur bouge.

* 1:06:56 – 1:08:07

Harry entre dans l’appartement de Marion, au grand soulagement de cette dernière. Le thème 4 prémonitoire d’un danger débute. Harry lui dit qu’il n’a pas d’héroïne. Elle l’engueule violemment, car elle dit s’être prostituée pour rien. Harry appelle Tyrone qui lui refile le numéro de téléphone d’un vendeur. La musique arrête quand Harry claque la porte en quittant.

Commentaire

Le thème 4 prémonitoire d’un danger prend ici tout son sens, il se concrétise. Le projet de vie rempli de bonheur du couple est parti en fumée, cela n’a gâché que leur relation.

1:08:08 – 1:08:38

On revient à Sara qui a peur et qui se cache de son réfrigérateur. C’est le silence des plus complets, mis à part ses légers pas sur le plancher. Alors qu’elle s’apprête à pendre d’autres comprimés, le frigo « sursaute » (hallucination), causant un violent bruit.

* 1:08:39 – 1:11:27

Sara retrouve le sourire quand elle ouvre la télévision. On entend à répétition: « We Got a Winner », et Sara se voit comme participante à l’émission. Le thème 6 de l’aliénation débute (de 1:09:05 à 1:09:50). Son plaisir est interrompu par un autre sursaut imaginaire de son frigo. Elle prend donc un comprimé. Ses hallucinations s’aggravent. La télévision lui parle et les protagonistes de l’émission (dont elle-même) se mettent à rire d’elle, de son appartement, etc. Elle imagine que l’équipe débarque dans son appartement sans l’avertir, les caméras sont braquées sur elle, le régisseur lance le décompte: 3-2-1…

* 1:11:28 – 1:12:05

La musique d’un cirque qu’on avait entendue à la scène 0:31:49 – 0:32:23 débute. Elle métaphorise que Sara est malgré elle le centre de l’attention, mais qu’elle est en fait le dindon de la farce. La musique se déforme, Sara est effrayée. L’atmosphère est écrasante.

1:12:06 – 1:12:44

La musique cesse, son frigo avance vers elle et tout les gens de l’émission la regardent de haut et scandent à répétition: « Feed me Sara, feed me Sara...». Tout devient de plus en plus fort, tous se rapprochent d’elle. Le paroxysme de la scène survient quand le frigo s’ouvre en deux telle une bouche. Sara lâche un cri d’épouvante.

1:12:45 – 1:13:01

L’image coupe et le cri perdure. (On est toujours dans l’appartement de Sara, mais tout est normal.) En criant, Sara sort terrifiée par la porte d’entrée. On entend un bruit de télévision, comme si le poste est « en panne ».

* 1:13:02 – 1:13:04

Le violent bruit de porte industrielle qui se ferme introduit la troisième et dernière partie du film : « Winter » et comme les deux fois précédentes, le thème 1 de l’engrenage infernal démarre. C’est la dernière marche de l’escalier de la déchéance…

1:13:05 – 1:13:19

On voit Sara qui marche en plein hiver venteux sans manteau dans les rues de New-York. Les autres piétons sont en accéléré. Sara a les cheveux ébouriffés, son regard est trouble, elle n’a presque plus conscience du monde extérieur. Le thème 1 donne justement un effet musical de tourbillon sans fin, de par la mélodie répétée du violon.

* 1:13:20 – 1:14:42

Le thème 5 de la terreur propre au segment « Winter » du film démarre pour la première fois. Harry et Tyrone sont en voiture, franchissent le pont. À 1:13:49, par un montage parallèle, on passe à Sara qui est maintenant dans le métro et qui passe pour une cinglée en parlant aux passagers, puis à 1:14:18, à Marion qui est sérieusement en manque d’héroïne. Elle parle à Harry au téléphone qui lui dit qu’il part en chercher en Floride et qu’il sera de retour dans quelques jours. Le rythme rapide du montage va de pair avec le thème 5. L’atmosphère est de plus en plus insoutenable.

1:14:43 – 1:16:16

La musique s'arrête. Sara est à la station de télévision pour demander quand elle participera à son émission. En attendant les ambulanciers qu’ils ont contactés, les employés s’occupent d’elle. Ils en ont pitié, car Sara a pathétiquement l’air mal en point. Les ambulanciers arrivent .

* 1:16:17 – 1:17:06

Reprise du thème 6 de l’aliénation. Comme dernier recours pour combler son manque, Marion appelle un homme, dont Tyrone lui a refilé le numéro de téléphone. Elle raccroche quand il répond. Elle recompose le numéro et la même note est répétée au clavier, comme si Marion ne pouvait malgré elle se sortir de son marasme, d’où l’utilisation du thème de l’aliénation. L’homme répond avec un rire pompeux.

* 1:17:07 – 1:17:20

Le thème 5 de la terreur reprend. Sara est sur une civière en ambulance et répète aux ambulanciers: « I am gonna be on television. ». La musique accentue son état. Les brusques coups de violons arrangés « mécaniquement » et répétés à un rythme régulier souligne à quel point elle s’entête, à quel point elle est « endoctrinée », aliénée par des illusions qu’elle croit réelles.

* 1:17:21 – 1:18:22

La musique coupe, on change de plan. Harry et Tyrone sont arrêtés en voiture sur le bord de la route et s’injectent une dose d’héroïne. Tyrone constate avec horreur que le bras d’Harry (où il se pique) semble infecté. Le thème 5 est repris en sourdine, mais il est plus difficile de discerner les instruments à cordes. On entend surtout le même beat électronique régulier avec des effets sonores très industriels.

1:18:23 – 1:18:31

Sans musique, de l’image filmée par une caméra de sécurité d’un immeuble, on voit Marion qui attend impatiemment en fumant une cigarette. On lui ouvre la porte.

* 1:18:32 – 1:18:43

On retourne brièvement à Sara avec le thème 5. Elle est toujours sur une civière, mais à l’hôpital.

1:18:43 – 1:19:44

La musique coupe et on revient à Marion qui entre dans le luxueux appartement d’un homme de race noir jusqu’ici méconnu (l’homme qu’elle a avec répulsion téléphoné). Il lui offre un verre, lui demande son nom.

* 1:19:45 – 1:20:39

Le même plan se poursuit, mais le thème 6 de l’aliénation débute lentement, auquel s’ajoute un beat électronique de percussions, ce qui donne un effet un peu tribal (ce qui montre le côté barbare de la scène : Marion se prostitue parce qu’elle est aliénée à la drogue)). L’homme se met à embrasser Marion, qui laisse entrevoir un sentiment de répugnance (la même note est répétée rapidement, accentuant la contrainte d’ « obligation » de la scène). Elle est encore plus dégoûtée quand l’homme dirige sa tête en bas de sa ceinture. Juste avant que Marion débute la fellation, des coups de violons dissonants arrangés électro-acoustiquement pour donner l’effet d’une alarme intolérable sont répétés. Alors que la scène change, le même beat se poursuit, mais devient plus dissonant.

1:20:40 – 1:21:10

Il est mixé avec le thème 5 de la terreur qui revient. On change de plan vers Harry et Tyrone qui sont en voiture. Le bras d’Harry le fait terriblement souffrir. La musique forte rend la scène vraiment angoissante.

* 1:21:11 – 1:21:37

Le thème 5 arrête pour le thème 7 du mystère. Marion se rhabille et se fait payer par l’homme (nous sommes le lendemain matin), qui demande ses services pour une soirée dimanche soir (??).

1:21:38 – 1:22:16

La même musique se poursuit, mais on est avec Sara qui se fait poser des questions par un docteur concernant les comprimés qu’elle prend depuis l’été dernier. À 1:21:56, on revient à Marion qui est chez elle dans son bain. La musique devient subitement stridente et Marion crie pour se défouler.

* 1:22:17 – 1:22:44

Le thème 5 de la terreur reprend. Tyrone et Harry sont toujours en voiture. Harry est en sueur à cause de son bras. Tyrone lui demande de jeter un coup d’œil. Tyrone n’en revient pas de la gravité de la blessure et lance: « we should take you to the hospital".

1:22:45- 1:23:10

L’image coupe à Sara qui se fait donner une piqûre sur le bras à l’hôpital (brillant effet de montage) avec la musique du thème 5 toujours, qui au fur et à mesure que Sara devient endormie par le médicament, se ralentit et se déforme.

* 1:23:11 – 1:23:18

Le thème 5 est repris, mais on ne perçoit plus de coups de violons : que des bruits électro-acoustiques « pulsatifs » très industriels, aliénants. On voit alors Harry à l’hôpital qui souffre le martyr.

* 1:23:19 – 1:23:33

Silence. Tyrone est dans la salle d’attente et le thème 7 associé à l’angoisse, au mystère, débute. Tyrone est nerveux, se sent surveillé.

* 1:23:34 – 1:23:59

On revient au thème de la terreur. Le docteur vient voir Harry. Le médecin voit qu’il a affaire à un junkie et dit à Harry qu’il sera de retour sous peu.

* 1:24:00 – 1:24:17

Retour au thème 7 du mystère. Marion fume une cigarette. Sous l’effet de l’héroïne, elle regarde une photographie de Harry et elle.

* 1:24:18 – 1:25:18

En discutant de tout et de rien, deux préposés prennent Sara, l’attachent. Le thème 5 de la terreur reprend de plus bel à 1:24:48 (donnant un effet de : ça y est, la déchéance s’enclenche…). Sara est forcée de manger. Le beat devient de plus en plus strident, faux…la détresse de Sara est grande, sa folie s’aggrave.

* 1:25:19 – 1:25:41

Retour au thème 7 du mystère et à Marion qui se maquille, puis à Tyrone dans la salle d’attente de l’hôpital qui se sent regardé.

* 1:25:42 – 1:25:48

Le thème 5 reprend subitement et l’image coupe vers un policier qui se trouve devant Tyrone. Il est arrêté, on lui enfile les menottes, Harry aussi.

Commentaire

Le montage est très serré, donnant un rythme très « essoufflant »au film, ce qu’amplifie le thème 5.

*1:25:49 – 1:25:56

Le rythme s’adoucit. On passe à Sara (plutôt légume) qui se fait délicatement suggérer fortement par le docteur de manger.

1:25:57 – 1:26:00

De retour à Marion qui se maquille et au thème 7 du mystère. On se demande pourquoi elle s’attrique? Pour la soirée où l’homme l’a invitée?

* 1:26:01 – 1:26:35

Le thème 5 de la terreur débute graduellement alors que Sara est forcée d’être nourrie par intraveineuses. Elle riposte, hurle et se débat violemment. Les « coups » de la musique deviennent de plus en plus fort.

* 1:26:36 – 1:28:22

Retour à Marion qui termine de se maquiller, mais avec le thème 4 prémonitoire d’un danger. C’est Harry qui lui dit qu’il l’aime et qui lui demande si elle est s’en tire. Harry pleure et lui dit qu’il sera de retour le jour même. Il fond en larmes, lui dit qu’il est désolé. Elle reste relativement indifférente et raccroche, au grand désespoir d’Harry.

* 1:28:23 – 1:28:55

Avec le thème 2 du rêve, Sara, qui a les yeux vitreux et le teint livide, signe sans trop le savoir un formulaire.

1:28:56 – 1:29:34

Avec la même musique, on passe à Tyrone qui est dans une cellule de prison avec Harry. Tyrone demande de l’aide, car Harry souffre terriblement à cause de son bras. L’image sautille de plus en plus et on entend un bruit électronique tels des ondes qui s’embrouillent.

Marion cogne à une porte.

1:29:35 – 1:32:55

SCÈNE QUI SERA ANALYSÉE

(Harry se fait couper le bras, Marion atteint le comble de la dégradence en se prostituant devant une foule d’hommes et Sara subit des électrochocs.)

1:32:56 – 1:33:26

Un long fondu au blanc de cinq secondes nous amène à la même scène vue à 0:23:38 – 0:24:17. On est dans la subjectivité d’Harry. Sans musique cette fois-ci et toujours sans son diégétique sauf celui de l’océan, Marion est au bout d’un long quai donnant sur la mer. Harry court vers elle et l’interpelle (on ne l’entend pas). Mais cette fois-ci, quand il arrive au bout du quai, Marion n’est plus là. Harry recule et tombe de reculons dans le vide en hurlant : « Marion ».

* 1:33:27 – 1:34:07

Fondu au noir. C’était un rêve. Une infirmière dit à Harry: « It’s allright. You’re in a hospital.» Harry est affolée, triste. Un zoom-out de haut nous le présente dans son lit d’hôpital avec le bras amputé. Le thème 1 de l’engrage infernal débute graduellement à 1:33:52…

1:34:08 – 1:35:09

On passe à Marion qui rentre dans son appartement après son atroce soirée. Ensuite à Tyrone qui se met lit en prison et à Sara qui est impassible dans l’aile psychiatrique et qui reçoit en visite deux voisines, qu’on voit ensuite en pleurs à l’extérieur à cause de l’état de Sara. Zoom-out…

1:35:10 – 1:35:30

Zoom-out de haut sur Marion couchée sur son divan. Elle a un sourire narquois, car elle a pris de l’héroïne, mais sa béatitude est remplie d’illusions (comme on dit en anglais, her ignorance is bliss). Elle se recroqueville sur elle-même tel un enfant.

1:35:31 – 1:36:56

On passe aussi en zoom-out de haut à Tyrone en prison qui rêve qu’il est dans les bras de sa mère. Avec le même plan de caméra, on passe à Sara (dans un état végétatif) qui pense encore à l’émission de télévision et qui sourit. Le thème 1 de l’engrenage infernal se poursuit en sourdine et on est dans les pensées de Sara qui se voit encore comme participante dans l’émission avec sa robe rouge. L’animateur introduit même la présence d’Harry. La mère et le fils s’enlacent et se disent mutuellement qu’ils s’aiment.

1:36:57

Fondu au noir…générique, le thème 1 prend fin à 1:37:24 ( il boucle la boucle), ensuite, on entend des gens qui sont près de la mer avec une très fine musique en sourdine, puis seulement des vagues jusqu’à la fin du générique.

SCÈNE À ANALYSER
De 1:29:35 – 1:32:55 dans le film
À partir de 0:22 sur la piste 31 du CD de la bande originale du film

Précisions :

- Comme le montage parallèle de la scène (présentant en alternance les quatre personnages qui sont dans des lieux différents, mais dans la même unité du temps) est très rapide, certains plans durant à peine deux secondes quelques-uns n’ont pas été notés dans la partition des événements. Je me suis néanmoins assurée que la compréhension de la scène ne soit pas compromise.

- Quant à la musique, elle comporte de nombreuses coupures. Elle passe d’un motif mélodique à l’autre de façon saccadée et chaque motif mélodique est répété en boucles. La modulation est également très brusque d’un motif à l’autre, elle ne suit pas une logique « habituelle ».

- Au fur et à mesure que la scène progresse, les sonorités sont modifiées, donc il est difficile de dire si certains sons proviennent des cordes ou si ils sont électro-acoustiques, mais j’ai supposé la seconde hypothèse.


Partition des événements (1:29:30 – 1:32:55) : voir version PDF


Texte d’analyse discursif

La répétition est encore de mise dans cette scène. La répétition musicale des motifs, mais également la répétition de certains dialogues et la répétition d’effets sonores (les électrochocs par exemple). Le rythme est continu, mais très saccadé, de par les nombreuses coupures. D’une coupure à l’autre, il y a également des modulations « surprises », qui sont de plus en plus amplifiées au cours de la scène. On change de tonalité sans y être « préparé », donnant une impression de dissonance et un effet d’aliénation, ce qui colle à l’état des protagonistes. Cela crée également une ambiance frénétique qui nous rend nerveux, d’autant plus que les images sont saisissantes, voire insoutenables.

Comme plusieurs étudiants du cours l’ont mentionné dans la session de feedback, les procédés électro-acoustiques et les choix de sonorités renvoient à quelque chose de mécanique et d’industriel, s’apparentant parfois à des alarmes, ce qui va de pair avec les lieux de l’action qui sont la prison et l’hôpital. Le rythme et la déformation électro-acoustique graduelle des instruments à cordes inspirent également une idée de machine incontrôlable, à l’image des personnages qui ont franchi le point de non retour, qui perdent la tête et qui s’enfoncent dans leur marasme.

L’intensité de l’action s’accentue tout au long de la scène. Le dernier bloc de trente secondes est particulièrement déroutant, tout comme la musique. On a l’impression de « trébucher » dans le rythme, comme si en quelque sorte, il manquait des demi-tons. Le tempo s’accélère et les lourds coups de tambours annoncent la fin, ce que nous spectateurs attendons avec impatience vu la dureté de la scène.

 Il faut mentionner dans cette scène la juxtaposition remarquable des dialogues, des effets sonores et de la musique. Ils forment un tout dans la mesure où chacun améliore l’efficacité narrative de l’autre, le tout soutenu par un excellent montage. Mais il reste que la musique joue un rôle prédominant dans cette scène et qu’elle ne peut nous laisser indifférents.

DISCUSSION GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE DANS LE FILM

Comme il a été possible de le constater dans la Cue List, la musique est omniprésente dans Requiem for a Dream. Ce titre en dit déjà long sur la gravité et l’austérité du film. Un requiem étant une musique composée pour les morts, le titre annonce d’entrer de jeu le sort des quatre protagonistes principaux qui dans la poursuite illusoire de leur rêve se dirigeront tous vers une mort certaine. L’intensité de la musique est d’ailleurs aussi dramatique que le scénario, bien qu’elle soit répétitive et minimaliste.

En effet, le fait que les mêmes mélodies soient répétées en boucles accentue les thèmes d’aliénation et de descente aux enfers propres au scénario. Les personnages sont coincés dans une spirale infernale et ne sont pas capables de s’en sortir; ils s’enfoncent dans la vase de leurs malheurs. Cela crée un sentiment d’impatience et de nervosité difficile à soutenir.

Les fonctions de la musique dans Requiem for a Dream sont de trois principaux ordres: expression des émotions des personnages, anticipation et démarcation de la structure narrative du film. Qu’il s’agisse de la connotation des thèmes ou des caractéristiques formelles musicales proprement dites, rien ne semble laissé au hasard, particulièrement au niveau du mariage entre les images et la musique.

À mesure que les différents thèmes sont répétés, leur signification se précise. Au début du film, Le thème du rêve, de par sa connotation musicale angoissante, semble par exemple en contre-point avec l’idée du rêve, mais plus le récit avance, plus on devine que le rêve des personnages tournera en cauchemar. La musique permet donc aux spectateurs d’anticiper les événements à venir.

Le thème 1 de l’engrenage infernal joue un rôle particulièrement important dans la structure formelle et narrative du film. Il annonce ou suit en effet chaque partie du film: Summer, Fall et Winter. De par sa forte valeur émotive, on peut prévoir qu’il n’y aura pas un dénouement heureux (que le printemps ne viendra pas).

Le fait que Clint Mansell ait choisi de contraster une musique électro-acoustique à une musique organique d’un quatuor à cordes va de pair avec les différents niveaux de dualité présents dans le film : le rêve et la réalité, le bonheur et le désespoir, le déni et la lucidité, etc. Plus le scénario et la misère des personnages progressent, plus Mansell manipule électro-acoustiquement les sons organiques des cordes en des effets sonores mécaniques et industriels sinistres. La musique électro-acoustique permet ainsi des effets fort intéressants, principalement dans la mesure où le spectateur est souvent plongé dans la subjectivité des personnages : quand ils prennent de la drogue, quand ils sont dans leurs pensées, quand ils hallucinent, etc.

On pourrait presque affirmer que le rôle de la musique est tellement significatif dans le film que la musique devient protagoniste. Elle n’est pas qu’une simple musique d’accompagnement ou de background. Elle semble plutôt agir telle une force extérieure aliénante qui pèse sur l’existence déjà lourde des personnages, d’où son efficacité.

En guise de conclusion…

N’étant pas une étudiante à la Faculté de musique, j’aurais aimé avoir davantage d’expertise musicale pour exprimer avec plus de précision mes remarques qui détaillent la musique. D’ailleurs, j’aimerais remercier Sophie Ouellet, étudiante également au cours de Musique et images en mouvement, qui m’est venue en aide dans la scène à analyser.

Requiem for a Dream est un fabuleux exemple de l’importance de tout ce qui est sonore dans un film. Or, le son, y compris la musique, est trop souvent l’enfant pauvre du cinéma.

Alors si il est vrai qu’une image vaut mille mots, avec de la musique, elle en vaut le double, du moins dans Requiem for a Dream.

 ANNEXES

Bibliographie

Détails filmographiques de Requiem for a Dream :<http://allmovie.com/cg/avg.dll> (page consultée le 28 mars 2004).

Détails sur la bande originale du film Requiem for a Dream : <http://allmusic.com/cg/amg.dll> (page consultée le 2 avril 2004).

Critique de la bande originale du film Requiem for a Dream:

<http://pitchforkmedia.com/record-reviews/m/mansell_clint/requiem-for-a-dream.shtml> (page consultée le 2 avril 2004).

 Référence audiovisuelle

DVD :
Requiem for a Dream, Darren Aronofsky, 2000, Thousand Words/Artisan Entertainment (USA).

Référence sonore

CD :
Mansell, Clint (avec le Kronos Quartet), bande originale du film Requiem for a Dream, 2000, Warner Music (USA).

Référence-conseil

Sophie Ouellet, étudiante à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.