MUL 1121

Histoire de la musique populaire anglophone

Projet individuel, automne 2006

Professeur : Philip Tagg

Faculté de musique, Université de Montréal

Boy Band/Girl Group: validité artistique ou coquille vide?

par

Véronique Simard

(SIMV05548304)

 

 

 

 

 

 

~8500 mots

 
Date de remise : 28 novembre 2006

Introduction

On retrouve des boy bands et girl groups[a] depuis bien avant les années 1980, mais la version moderne de ce phénomène est surtout apparue fin année 1980 et début 90. Selon  l’encyclopédie Wikipedia, à l’époque des Beatles, on pouvait considérer le groupe comme un boy band.1 [b] Aujourd’hui, par contre, ils ne rencontreraient plus les critères modernes du phénomène. Des groupes comme les Beach Boys, les Monkeys et The Supremes (chez les femmes) rentraient aussi dans le type boy band de cette époque.1 Les boy bands[c] modernes semblent être faits avec un moule commun et selon des critères différents de l’époque. Plusieurs personnes du domaine musical (musiciens, groupes rock, punks, etc.) semblent en fait ne pas les considérer comme de vrais groupes de musique, voire ils les méprisent. Du moins, c’est ce qu’une personne étant totalement hors du domaine de la musique et n’y connaissant rien, comme l’auteure de ce texte-ci, pourrait penser. En effet, il me semble que l’on traite les boy bands un peu comme on traitait la musique autre que celle dite savante il y a bien longtemps de cela. Ainsi, il y a fort longtemps, seulement la musique savante pouvait prétendre être de la vraie musique[d] et tous les autres styles ne s’y comparaient même pas. Pourtant, ce sont ces musiques, dites populaires, qui ont façonné les styles de musiques modernes. Dans ce texte, je souhaite amener une réflexion sur la place du boy band dans la musique des années 1980 jusqu’à aujourd’hui et je souhaite amener une discussion sur leur validité artistique autant que tout autre style de musiques modernes. Ainsi, le texte abordera d’abord un historique (avec définitions clés et caractéristiques) entourant le phénomène afin de bien situer le contexte. Puis les groupes marquant de l’histoire seront discutés, tout comme leur impact et niveau de popularité chez le public. Enfin, une discussion sur la validité artistique du phénomène sera faite par l’auteure avec l’espoir d’ouvrir une bonne réflexion chez les lecteurs de ce texte.

Historique, définitions, groupes marquants, caractéristiques, etc.

Le terme boy band[e] est plus jeune que le plus vieux boy band moderne1. En effet, des groupes comme Menudo et New Kids On The Block apparurent dans les années 1980, tandis que l’on a commencé à associer le terme aux différents groupes que vers la fin des années 1990. Selon l’encyclopédie gratuite Wikipedia, un boy band[f]est « a type of pop group usually featuring three to six young male singers. The members are generally expected to perform as dancers as well, often executing choreographed sequences to their own music». 1 Ainsi, ils doivent être au minimum trois, faire de la musique pop[g] et savoir danser autant que chanter.[h] On ne parle pas ici de leur capacité à écrire ou à composer de la musique, cette caractéristique n’étant donc pas nécessaire. La même encyclopédie définit un girl group comme « a musical group featuring a group consisting usually of young female singers, singing all types of song ».2 L’encyclopédie mentionne que ces groupes sont différents des girl bands ou des all-women bands où les femmes jouent aussi des instruments.2 Il me semble que la définition est déjà moins dure avec les filles qu’avec les garçons.  Les boys bands font donc de la musique « pop »1 alors que les girl groups chantent « toutes sortes de chansons »2. Peut-être est-ce parce qu’on s’attend à moins d’une fille: on ne s’attend pas à ce qu’elle sache jouer de la musique et écrire sa musique, on se contente qu’elle sache chanter. Alors que chez les garçons, seulement savoir chanter ne donne pas « l’âme d’un musicien ». Il s’agit ici d’une de mes réflexions et ce n’est donc peut-être pas la vérité. Mais pardonnez moi cette aparté qui conviendrait à un tout autre propos et continuons avec notre propre sujet.

Puisque les boy bands font du pop, il semble que pour mieux les comprendre, il faut en savoir plus sur ce genre de musique. Toujours selon Wikipedia, le nom musique pop dérive du terme musique populaire qui lui-même veut dire une musique produite commercialement, disséminée au grand public en général comparativement à la musique classique (traditionnellement pour l’élite de la société) ou au folk (traditionnellement transmis de manière orale)3-4. Il ne faut cependant pas confondre les deux termes puisque musique populaire s’applique à plusieurs styles de musique différents alors que la musique pop s’est restreinte à certains traits caractéristiques avec le temps (selon Wikipedia). 3-4

Ainsi, la majorité de l’auditoire de la musique pop est dans l’adolescence. Le rôle de ceux qui pratiquent cette musique (dont les boy bands) devient alors important comme médiateur de la culture jeunesse3, mais aussi comme modèle pour ces adultes en devenir. On peut penser que l’image gentille et parfaite des boy bands ne satisfait donc pas que l’auditoire adolescent mais aussi leurs parents. Ces derniers seront plus portés à permettre à leur progéniture d’écouter cette musique que du heavy metal destructeur[i]. Les créateurs des boy bands, dont nous reparlerons plus loin, savaient donc mener la bataille sur plusieurs fronts pour faire le groupe de musique ultime.[j] Nous reparlerons de ce sujet plus loin, continuons plutôt de nous concentrer sur l’histoire du boy band.

Selon Wikipedia, la musique pop a des origines du temps du ragtime et du swing.3 Ces musiques étaient surtout jouées par des noirsk états-uniens, et les blancs pouvaient l’apprécier dans les endroits qui engageaient ces musiciens.3 Par contre, un peu comme pour le rock and roll, la popularité de ce style prit surtout son essor lorsque des blancsk commencèrent à la jouer et changèrent un peu les traits trop « noirs »k.3 Il semble ironique qu’aujourd’hui, on ne retrouve pratiquement aucune personne de couleur noire dans le boy band moderne. Il semble évident que le « blanc »k européen ou nord-américain prédomine le genre. On essaie parfois d’inclure un « latino »k dans le groupe, mais ce dernier est souvent plus « blanc »[k] de cœur que latin. Encore une fois, je porte ici un jugement en mentionnant mon point de vue personnel, mais je désire laisser le lecteur être critique à cet égard et faire sa propre opinion.

Avec le temps, des éléments blues (pourtant aussi au départ afro-états-uniens) et country hillbilly (blancs et noirsk) se sont ajoutés au mélange, deux éléments qui ont aussi donné le rock’n’roll.3 Au cours du temps, la musique pop s’est définie avec les nouveaux styles musicaux qui émergeaient (rock’n’roll, disco, R&B, etc.); on peut nommer quelques artistes qui pourraient avoir fait partie de ce style : Frank Sinatra, Marvin Gaye, Cher, Burt Bacharach, The Supremes, Bee Gees, Jackson Five, etc. On voit déjà ici des groupes qui pourraient être les ancêtres des boy bands et girl groups modernes. Des artistes plus récents de la musique pop incluent Whitney Houston et Mariah Carey et encore plus récemment, Britney Spears, Christina Aiguilera, Ricky Martin et bien d’autres. C’est vers cette époque, particulièrement dans les années 1990, que le boy band moderne émerge, mais nous en reparlerons plus loin dans l’historique du boy band. Dans les années 2000, le pop des années 1990 continue avec de nouvelles figures qui se rajoutent aux anciennes comme Hillary Duff et Lindsay Lohan et un nouveau style qui se fusionne au hip-hop apparaît avec des Justin Timberlake, Beyoncé, Ciara, Gwen Stefani, etc.3 Ce dernier style n’est cependant pas celui des boy bands, du moins de ceux des années 1990, sait-on jamais, peut-être verrons-nous un boy band hip-hop/pop dans le futur? Mais revenons à nos moutons, après avoir vu l’historique de la musique pop, la musique que fait les boy bands, voyons maintenant l’historique du boy band plus en détails.

Comme mentionné ci-avant, certains groupes plus anciens comme les Beach Boys et les Monkeys étaient certainement un type de boy band. Cependant, nous verrons ici l’histoire du boy band moderne. Établir le premier boy band moderne reste un élément difficile, mais on peut dire que le groupe Menudo (fondé en 1977) était certainement un bon précurseur du phénomène.3 Il fut fondé par un gérant[l], Edgardo Diaz, à partir de jeunes portoricains. Ce dernier les remplaça au fil du temps par de nouveaux chanteurs plus jeunes quand les autres étaient trop « vieux ». Le membre le plus célèbre fut certainement Ricky Martin qui eut des hits en solo plus tard. Le groupe faisait des chorégraphies et chantait souvent en cœur, comme le boy band moderne. Il fut à son apogée dans les années 1980.5 Ce groupe est donc certainement un des premiers de son genre, mais assez étonnamment, était de langue espagnole[m].  Les Jackson Five3 sont également un exemple de précurseur du début des boy bands modernes. Composé des membres d’une même famille, les enfants chantent et dansent ensemble. Ce groupe se produira pendant plusieurs années (années 1960 à années 1980), mais présente une apogée dans les années 19701. Encore une fois, contrairement aux boy bands d’après les années 1980, le groupe est formé d’états-uniens de couleur « noire »k.

Un des plus anciens boy band sous la formule moderne est certainement The New Kids On The Block3,19. Plusieurs disent même que c’est au fondateur du groupe, Maurice Starr, que l’on doit la « marque » boy band.3  Starr avait déjà créé un groupe de jeunes chanteurs mais ces derniers faisaient du R & B (New Édition)6,19. Starr eut l’idée d’appliquer la même formule, mais pour la musique pop. C’est à partir de ce groupe que la voie fut ouverte pour les N’Sync et 98 degrees de ce monde. Le band comprenait cinq jeunes états-uniens « blancs »k qui savaient chanter et danser. Le groupe a vraiment pavé le chemin pour les autres puisqu’ils ne furent pas populaires immédiatement. En effet, un premier album (éponyme) passa pratiquement inaperçu en 1986.6 Starr ne se découragea pas et entraîna le groupe pour qu’il se raffine. Le second album, Hangin’ Tough, ne fut pas non plus immédiatement reconnu, puis, de manière inattendue, le premier extrait commença à jouer à la radio et devint rapidement populaire.6 C’est avec l’album Step by Step au début des années 1990 que le groupe connut sa plus grande popularité.6 Par la suite, des promoteurs européens comme Nigel Martin-Smith et Louis Walsh ont repris la recette pour produire plusieurs groupes du même genre.3 Aux États-unis, c’est Lou Pearlman qui est associé aux boy bands ayant connu le plus de succès.  Il est à l’origine des Backstreet Boys et de N’Sync. 3

Lou Pearlman s’est inspiré de la formule gagnante New Kids On The Block après les avoir vus sur scène. Il mentionne alors : « I was invited to a concert. And I saw New Kids performing […] And it wasn't hard for me to see the stage, because all the people they were like this big, so I sort of looked right over their heads. And I was able to see the stage; I saw everybody, and I was like amazed. »8 Il était  bouche bée devant l’ampleur de la foule et la jeunesse de celle-ci. L’homme d’affaire crée alors une compagnie de disque appelée Trans Continental Records. Il part à la recherche de jeunes talents pour former son boy band. Dans un reportage sur Lou Pearlman de CBS, on parle de la formule gagnante du producteur: « A young one, a cute one, a sensitive one, a jokester, a bad boy an d the older hunk - all between the ages of 12 and 20. He then spent more than $1 million over the course of two years, training and molding them into what would become the Backstreet Boys. »8 Il a préparé sa recette gagnante, il veut un jeunot, un joli gars, un sensitif, un drôle, un mauvais garcon et un plus vieux. Cela prit à Pearlman deux années et un million de dollars pour les modeler comme il le voulait. Enfin, les Backstreet Boys sont prêts et rapportent gros. Incluant ventes d’albums et concerts, ils seraient un des groupes ayant rapporté le plus d’argent au monde, soit 534 millions US de 1997 à 2005. 7 À ce sujet, Pearlman dit: « I'm there because I want to make everybody happy. I like to see the artists happy. I like to see the fans happy. You know, of course, there's a tinkle to the cash register, and everybody's getting some financial happiness. »8 Il dit vouloir rendre les fans et les artistes heureux, mais qu’il retire également une joie monétaire de tout cela.

Pearlman voit l’occasion de renouveler un coup gagnant et décide de produire plusieurs autres groupes du même genre. Il produira O-town (basé, selon lui, sur le modèle Motown, mais avec des jeunes « blancs »k et avec de la musique pop au lieu du soul8), N’Sync, Take 5 et quelques autres. Des nouveaux groupes qu’il crée, il reçoit de la critique négative. On peut lire dans un article parut en 2001 à propos d’un de ses nouveaux boy bands[n]  : « After scouring the country for five boys who could belt out tunes while doing the splits, Pearlman assembled a clean-cut collection of effeminate white and Latino-looking boys, all pink cheeks and crew cuts with peroxided tips. Just like the Backstreet Boys and 'N Sync, there's the cute blond guy, one with curly hair, the dark one with big dimples, the guy with the funny facial hair and the less cute, but really sensitive, guy.»15 En résumé, l’auteur de cet article dit qu’après avoir trouvé cinq garçons qui peuvent roter des chansons en faisant le grand écart, Pearlman obtient un groupe de garçons efféminés aux joues roses et cheveux aux pointes décolorées. Comme pour les Backstreet Boys et N’Sync, il y a le beau gars blond, un aux cheveux bouclés, celui aux cheveux foncés avec des fossettes, le gars avec de la moustache ou de la barbe et le gars un peu moins joli, mais très sensible. 15 Nous reviendrons sur ces critiques un peu plus loin dans le texte, mais il semble évident que plusieurs croient que les boy bands sont fait avec un moule.

Pearlman les taille tous sur le modèle gagnant en vérifiant continuellement ce que le marché veut et va acheter : « We try to create that image and sound that we hope they like […] We go out there and test market it. »8 Le reportage de CBS mentionne que Pearlman crée les groupes dans le but que les jeunes adolescents iront dépenser des millions sur les disques, la marchandise dérivée, les billets, etc. et que s’ils n’ont pas assez d’argent, leurs parents leur en donneront pour les acheter : « Pearlman has created these sensations, many of them from scratch, and he banks on the fact that these young fans, once infatuated, will spend millions of dollars on everything from compact discs and concert tickets, to T shirts and posters. And if their allowance money won't cover it, Pearlman calculates rightly that their parents will chip in. »8 Dans cette optique, le groupe doit plaire aux jeunes, mais aussi aux parents. Ainsi, Pearlman admet lui-même que le groupe doit avoir un «clean look as well as a good look »8. Le good look (beauté et charme) est pour accrocher les ados, mais le clean look (propre et gentil) est pour avoir l’approbation des parents « and in the end, the wallets of both ».8 Pearlman semble avant tout un entrepreneur qui désire faire de l’argent et un peu moins un producteur qui veut montrer au monde le talent de ses protégés. Du moins, il s’agit ici de mon opinion et de celles de quelques personnes du milieu, dont les journalistes du reportage de CBS.

Un ancien membre des Backstreet Boys, ou plutôt quelqu’un qui a bien failli faire partie du groupe, Phoenix Stone[o] donne un point de vue de l’intérieur du boy band : «It's Lou's concept; we had to dance a certain way, look a certain way. I really credit him for that, because that's what's selling so much: It's a package, big time. »17 Il dit que tout était le concept de Pearlman, ils devaient danser, s’habiller et agir d’une certaine façon. Il dit qu’il faut donner du crédit au manager, car c’était vraiment ce qui se vendait, mais que c’était une formule pré-fabriquée.17

Cependant, malgré ce semblant de marketing avant tout, Pearlman insiste sur le fait qu’il ne faut pas seulement être joli mais aussi avoir du talent : « But being cute is not enough. Pearlman insisted they all must have talent. Contrary to what the critics say, no lip-synching is allowed. » 8 Plusieurs des groupes, dont N’Sync, se défendent d’être manufacturés8 et veulent qu’on les reconnaisse pour leur talent. Selon le « All Music Guide, the Definitive Guide to Popular Music »21, leur second album « No Strings Attached »[p] reflète un désir de prouver qu’ils sont indépendants.21 Je reviens donc ici à mon point du fait que malgré qu’il semble évident que l’image y soit pour beaucoup (vraiment beaucoup), les boy bands ont peut être quand même une validité musicale, mais nous y reviendrons dans la discussion.

Il faut surtout conclure que Lou Pearlman est certainement un pivot du mouvement boy band moderne aux États-unis  et de par le monde puisque ses groupes ont eu une renommée mondiale. Délaissons un peu l’histoire du boy band par la mention de boy bands populaires et passons aux caractéristiques de ces groupes.

On a déjà mentionné que Lou Pearlman formait ses groupes sous un certain moule mais lorsqu’on observe le boy band en général, et non seulement ses groupes à lui, on peut distinguer quelques caractéristiques. Wikipedia parle de ces caractéristiques et je les ai ici décortiquées.1 Premièrement, l’image physique contrôlée. Pas seulement l’image du groupe dans un ensemble, mais aussi de chaque individu. Ainsi, les vêtements sont choisis pour s’ajuster à chaque personnage. Donc, l’enfant sage du groupe portera toujours veston cravate par exemple, le bad boy un bandana, etc. Ce qui nous amène à une deuxième caractéristique, la « cataloguisation » de chaque membre. On retrouve la majorité du temps un mauvais garçon ou un original, un garçon sensible, un garçon cute, un plus vieux, un gentil, etc. Comme le mentionne l’encyclopédie Wikipedia, contrôler l’image de l’artiste a toujours été propre à la gestion de musiciens, mais cette caractérisation de chaque personnage est propre au boy band moderne : « While managing the portrayal of popular musicians is as old as popular music, the particular pigeonholing of band members is a defining characteristic of boy and girl bands. »1 Troisièmement, le matériel envoyé aux revues et journaux est également contrôlé de façon précise. Quatrièmement, on s’assure que le son du groupe reste le même et le « bon » en travaillant avec un producteur qui s’assure que la musique est écrite et arrangée de la même façon. Les chanteurs performent souvent à tour de rôle et font le refrain en harmonie. Cinquièmement, le groupe doit exécuter des chorégraphies désignées par des professionnels autant pour les clips vidéos que les spectacles. Aussi, le groupe doit suivre les tendances et s’adapter au désir de leur public cible. Tout cela nous amène finalement à la dernière caractéristique, mais non la moindre, un boy band a presque toujours un manager derrière lui. Ce dernier contrôle tout. Il trouve les jeunes, il les forme, il contrôle leur image, il est le maître d’œuvre du boy band. Bref, on conclut que le groupe ne fait que performer, il ne s’occupe de rien, ne compose rien et ne produit rien.[q]

Une caractéristique semble aussi s’accrocher à chaque groupe, sans que ces derniers ne le désirent vraiment par contre. En effet, la courte longévité d’un boy band est un facteur qui permet de l’identifier facilement. Comme je l’ai déjà mentionné dans une note de bas de page, le succès d’un tel groupe est souvent éphémère parce que son auditoire vieillit. Wikipedia supporte cette idée en mentionnant que les jeunes adolescents qui vieillissent ne sont plus autant attirés par ce type de groupe, car leurs goûts évoluent : « Though some fans are wildly supportive of the music, the commercial success of specific boy bands does not tend to last long. As the fans (mostly teen girls) age and their musical tastes evolve, they tend to outgrow such groups' appeal. »1 Janelle Brown, une journaliste critique du milieu pop mentionne à ce sujet: « The shelf life of these bands' demographics ends somewhere around 15, when girls start fudging on their virginity pledges and dabbling in oral sex. »15 Elle dit que la courte durée de vie des boy bands peut être due au fait qu’à partir d’environ 15 ans, quand elles commencent à s’adonner au sexe oral et à perdre le goût de la virginité, les jeunes filles se lassent de l’image bons garçons des boy bands. Il s’agit ici d’une opinion assez crue de Brown, mais qui se veut aussi une manière d’expliquer pourquoi les boy bands ne dure pas longtemps. Souvent, un des membres voudra également faire une carrière solo menant aussi au démantèlement du groupe. 1 On peut nommer quelques anciens membres de boy bands qui, après la séparation du groupe ou même avant, ont lancé des albums solo : Ricky Martin (Menudo), Justin Timberlake (N’Sync), Robbie Williams (Take That), etc. [r]

L’auteure du présent texte a beaucoup plus mentionné des boy bands et très peu de girl groups puisque le phénomène semble plus grand pour les garçons (mais avec un auditoire fille), mais il reste quand même quelques groupes féminins de cette ère qu’il faut absolument mentionner.  Les Spice girls sont sans contredit LE girl group des années 1990. Voyons un peu l’histoire du girl group en général puis faisons une revue de ce groupe phénoménal.

Comme pour les boy bands, on retrouve de plus vieux girl groups qui furent des précurseur du girl group moderne. Ainsi, on peut penser à The Supremes et Pointer Sisters comme précurseur.2 Les girl groups semblent plus ouverts à d’autres musiques que seulement le pop (versus le boy band). Souvent, ils ont un style R & B. On peut parler entre autres de Sweet Seduction, de Sensation  et de En Vogue dans cette optique. Parmi les girl groups encore plus récents et modernes, citons All Saints, Dream, Play, No Secrets, Sugar Jones, et bien sûr, les Spices girls. 2  Encore plus récemment, on peut penser à The Pussycats Dolls ou Destiny’s Child, mais ces derniers ont un rythme beaucoup plus R & B. On ne retrouve que très peu de girl groups vraiment pop aujourd’hui alors voyons maintenant en détails le groupe des Spice Girls qui était lui, assurément pop.

Les Spice Girls sont en fait un groupe d’origine britannique qui a eu un succès monstre tout autour du globe, dont en Amérique du Nord. Le premier album du groupe sortit en 1996 et deux autres albums et un film parurent entre 1996 et 2000.9 Le groupe fut formé de la même manière que les boy bands mentionnés ci-avant. Allons-y une caractéristique à la fois pour illustrer la similarité selon l’historique que nous donne l’encyclopédie Wikipedia.9 Voyons d’abord la « découverte » des jeunes talents. En 1994, une petite annonce parut dans un journal britannique (The Stage) demandant de jeunes femmes ambitieuses et déterminées capables de chanter et de danser : « R U 18-23 with the ability to sing/dance? R U streetwise, ambitious, outgoing and determined? » Plusieurs passèrent des auditions, mais cinq furent retenues. Passons maintenant au « moulage » des membres. Pendant quelques mois (jusqu’à mars 1995), les filles restent dans une même maison et apprennent des routines et des chansons. Jusqu’ici, ça ressemble beaucoup à la formation de nos autres boy bands. À ce point par contre, les filles décident que leur manager est trop contrôlant et dominant et le renvoient. Elles s’en trouvent un autre, Simon Fuller.9 Ce dernier sera également le manager de S Club 7, un boy band/girl group (jeunes des deux sexes). Le nouveau manager tiendra le même rôle que pour les autres boy bands.[s]  Passons à une autre caractéristique, le personnage de chaque chanteuse. Comme pour les boy bands précédents, chaque fille du groupe Spice Girl a son rôle et son style vestimentaire qui vient avec. Les filles vont même jusqu’à se catégoriser elles-mêmes se surnommant Scary Spice, Baby Spice, Posh Spice, etc. Elles resteront fidèles au style de départ jusqu’à la dissolution du groupe. Le matériel envoyé aux revues est aussi contrôlé et leur son bien arrangé : elle chante à tour de rôle et font le refrain en harmonie. Elles exécutent aussi, bien sûr, des chorégraphies. Finalement, comme pour tout bon boy band (girl group), la durée du groupe fut relativement courte (fin officiele en 2001)9 et chaque chanteuse a essayé de faire carrière solo. Bref, le sexe change, mais l’histoire reste la même. Les filles eurent deux albums très populaires. Après le départ d’une de leur membre, le groupe lance un autre album, mais ce dernier ne connut jamais un aussi grand succès que ses prédécesseurs. Fait intéressant, le groupe tourne dans un film (Spice Wolrd, 1998) qui se moque un peu de lui-même et leur manager, joué par Richard E. Grant, est une belle caricature du phénomène.

Pour résumer, l’historique des boy bands et girl groups modernes, on peut dire qu’il y eut d’abord un groupe clé (New Kids On The Block chez les garçons et Spice Girls chez les filles), puis qu’une multitude de copies sur le même moule ont tenté leur chance. Pour résumer l’histoire du boy band, il faut cependant aussi se souvenir que les managers sont essentiels et que certains ont tenu des rôles plus importants que d’autres, dont Lou Pearlman aux USA.

Discussion sur la validité et les critiques faites aux boy bands.

Les boy bands subissent de la critique de toute part, mais particulièrement par leurs pairs, soient les artistes, chanteurs et musiciens. Ils semblent qu’on ne leur accorde aucune validité en tant que « vrais artistes »d. Du moins, c’est une impression que je tenterai ici d’infirmer ou de confirmer, mais surtout, je désire amener une réflexion sur le sujet et sur le « pourquoi » que l’on critique autant les boy bands. Le but étant d’amener une réflexion et une discussion sur le sujet, le lecteur retrouvera dans les prochains paragraphes plusieurs phrases sous forme de questions.

Lors d’une recherche sur les boy bands, même s’il ne s’agit que d’une recherche historique, un individu est sûr de trouver des articles les critiquant, des parodies, des caricatures et parfois même des documents très haineux.

Par exemple, d’un côté plus léger et humoristique, le dictionnaire The Chambers Dictionary, un dictionnaire utilisé par les cruciverbistes[t], connu pour ses définitions parfois comiques, définit un boy band comme : « a pop group, targeting mainly the teenage market, composed of young males chosen because they look good and can dance and sometimes even sing ».11 Ainsi, selon ce dictionnaire, les membres doivent être beaux, savoir danser et parfois même savoir chanter. Il s’agit peut-être d’une critique déguisée sous forme humoristique, mais c’est une critique quand même. Pourquoi ce dictionnaire a-t-il senti le besoin de se moquer des boy bands? Je suis d’avis que c’est probablement parce que c’est rendu commun, accepté et que personne ne considère les boy bands sérieusement. Il s’agissait là d’une légère pointe d’humour, mais voyons des critiques beaucoup plus dures à leurs égards.

En janvier 2001, le chanteur du groupe Oasis, Noel Gallagher tient des propos plutôt mesquins, voire haineux envers les Backstreet Boys. Il mentionne à propos des membres que « they can’t sing, can’t play, can’t dance » et que leurs chansons sont « rubbish ». 12 Bref, qu’ils ne savent pas chanter, jouer ou danser et que leurs chansons ne veulent rien dire et ne valent rien. Il ne s’arrête pas là et ajoute : « they should be shot ».12 Ils devraient se faire flinguer. Il tenait ses propos dans l’optique de montrer que les ventes chutaient pour les groupes britanniques aux États-unis à cause du mauvais goût des États-uniens : « sinking sales for British bands in the United States can be blamed on the bad taste of Americans with an appetite for the Backstreet Boys ». 12 Personne ne peut contredire qu’il s’agit ici d’une critique vraiment haineuse de la part d’un collègue chanteur dans un groupe de musique. Ce genre de propos m’amènent à réfléchir : pourquoi Gallagher blâme les boy bands pour son malheur, qui ici serait la baisse des ventes de son propre groupe? Pourquoi ressent-il le besoin de descendre d’autres personnes afin de se faire valoir lui-même? S’ils sont si pourris, comment explique-t-il que le public les aime tant? Les fans sont-ils tous vraiment des idiots sans goût comme il le croit? Et s’ils sont si idiots, pourquoi désire-t-il alors que ces derniers laissent tomber ces boy bands pour acheter ses disques à lui? Pourquoi tant de haine? Qu’est-ce que ça change que les jeunes aiment cette musique? Elle n’est pas malsaine, elle parle d’amour, d’amitié, ne parle pas de drogues, prêche des bonnes valeurs, etc. Pourquoi est-ce qu’on la déteste tant?

Gallagher n’est pas le seul du milieu artistique à critiquer les boy bands. Eminem se moque de ces groupes et désire continuer de le faire : « vowed to continue mocking manufactured girlbands and boybands while they continue to release substance-less music ».13 Il les dit manufacturés et sans contenu. Il mentionne aussi : « Pop stars and boy bands can be totally bland, empty and pure entertainment and they are forgiven for all of it […] most of the time things just rhyme and really don't mean much. »13 Il les croit insipides et vides et se désole que le public les excuse en ce sens, il dit que la plupart du temps leurs chansons riment mais ne disent rien. Encore une fois, je me questionne, qu’est-ce que ça peut bien lui faire s’ils sont réellement ainsi? Qu’est-ce que ça change pour sa musique à lui? Est-il amer que d’autres est du succès? Est-ce que le public n’a pas le droit parfois de vouloir écouter de la musique sans fondement social?

Gina Arnold se questionne aussi en 1997 à propos des critiques sur les Spice Girls. Elle se demande « why won't the critics just shut up and enjoy themselves»? 14 Pourquoi les critiques ne se taisent-ils pas et ne s’amusent-ils pas un peu? Elle mentionne que les filles du groupe se sont fait critiquer autant par les femmes que les hommes et se font accuser de crime allant d’être insipides à être anti-féministes : « reviled by critics of both genders and accused of every crime from inspidness to anti-feminism ».14 Arnold amène des pistes de suppositions pour l’éveil des critiques pour ce groupe en particulier dont leur origine britannique, leur rôle « cartoonish », etc., mais ce n’est pas ce dont je  désire ici discuter. Je veux plutôt montrer que les critiques sont très dures envers les boy bands et girl groups en comparaison avec bien d’autres genres musicaux.  Donc, les critiques envers les Spice Girls mentionnées dans cet article ne s’appliquent pas seulement pour ce groupe mais pour tous les boy bands. Arnold mentionne un point dans son article qui à mon avis en dit long, elle parle des chiffres de ventes d’albums énormes des Spice Girls14. Comment des groupes (boy bands/girl groups) qui vendent autant d’albums à travers le monde peuvent-ils être considérés par les critiques comme étant si mauvais? Dire qu’ils n’ont aucune valeur, ne sont pas bons et sont insipides ne revient-il pas à dire que leur public l’est tout autant? Et est-ce que des millions de personnes à travers le monde peuvent avoir tort et seulement quelques critiques raisons? Fait intéressant qui en dit long sur leur popularité, selon « The Encyclopedia of Popular Music », si on plaçait toutes les colonnes de presse sur les Spice Girls bout à bout, on pourrait encercler la terre 18 000 fois: « If the column inches of Spice Girls press were places en to end, they would encircle the world 18 000 times. »20

Toujours dans l’optique des critiques plutôt dures, un article paru en 2001 concernant les boy bands mais aussi la nouvelle musique pop (Britney Spears et Cie) s’intitule « Sluts and Teddy Bears » et a comme slogan accrocheur « Dingy divas and their benign boy toys have got new clothes and lots of attitude, but their message is old and in the way ».15 L’auteure critique de cet article, Jannelle Brown, n’a même pas commencé son premier paragraphe qu’elle insulte la culture pop en traitant les chanteuses de divas crasseuses avec des gentils garçons-jouets qui ont de nouveaux vêtements, mais sans avoir rien à dire de nouveau.  Elle cite Robert Thompson[u] à propos de la formule bon pour les adolescents comme pour les parents discutée ci avant : « This is the ultimate dream -- a nonthreatening but dreamy guy. Dressing all together makes these guys look like fuzzy little pets instead of someone who might slip something into your drink. »15 Il décrit les membres des boy bands comme le rêve ultime, soient des garçons non menaçants mais craquants tout de même. Il mentionne aussi que de s’habiller tous de la même façon fait paraître les garçons comme des gentils petits animaux de compagnie au lieu du genre de gars qui glisserait quelque chose dans ton verre quand tu ne regardes pas. Donc, le genre de garçon que les parents ne peuvent que vouloir que leur fille aime. Il rajoute qu’ils sont « eroticized and sexualized, but kind of as the kind, gentle boy you know is not going to hurt you when you decide to lose your virginity to him ».15 Traduction : ils sont érotisés et sexualisés, mais de manière à ressembler au genre de garçon doux et gentil qui ne te fera pas mal lorsque tu lui donneras ta virginité. Bref, il semble que Thompson et Brown croient que la formule boy band se moque de son auditoire et que leur look fait leur popularité. Dans l’article de Brown, une critique du milieu pop moderne et par conséquent des boy bands, il n’y a presque pas mention de leur musique. Seulement quelques lignes pour dire que leur musique est simplette. La critique est donc ici surtout basée sur la formule et non la musique. Pourquoi tant de jugements désobligeants et méchants envers des groupes qui, comme le disent ces mêmes critiques, sont gentils et non violents? Il s’agit ici de personnes qui ne pratiquent pas la musique, mais en sont critique. On voit donc qu’il y a des critiques par les pairs, mais aussi par des membres extérieurs. Ces derniers ont-ils plus de poids? En effet, ils ne sont certainement pas jaloux puisqu’ils ne sont pas en compétition. Ce sont des gens qui jugent le milieu de la musique depuis longtemps, ils en ont vu beaucoup. Cependant, il faut comprendre que justement, ce sont des jugements qu’ils portent. Selon le Larousse, un jugement est l’ « action de se faire une opinion, manière de juger, [c’est une] appréciation portée sur qqn ou qqch, opinion, sentiment ».16 Il s’agit d’une opinion, donc, ça ne reflète pas nécessairement la réalité! Le mot critique, quant à lui, porte plusieurs définitions, mais toutes se rapportent aussi à l’opinion et au jugement : « 1. Appréciation de l'authenticité d'une chose, de la valeur d'un texte. 2. Art d'analyser et de juger une œuvre littéraire ou artistique. 3. Jugement porté sur une œuvre. 4. Ensemble de ceux qui, dans les médias, font métier de juger, de commenter ces œuvres. 5. Blâme, reproche porté sur qqn ou qqch. »16 Ainsi, ces critiques ne sont que des opinions d’individu et faut-il alors croire qu’elles auraient plus de valeurs que celles des millions de fans qui apprécient les boy bands? Je trouve normal que des critiques surgissent à propos de groupes musicaux, car après tout, personne ne peut tout aimer, mais pourquoi ces critiques sont-elles si dures? Si je respecte le fait du droit d’opinion des critiques, pourquoi eux ne respectent-ils pas le droit de faire le genre de musique que le boy band désire?

Phoenix Stone parle aussi des Backstreet Boys. Il s’agit ici d’un artiste solo qui a bien failli faire partie de ce groupe. De son vrai nom Sam Licita, il a laissé le groupe juste un peu avant l’arrivée de Kevin Richardson et avant le début de la popularité du boy band.7 Questionné sur le pourquoi de sa décision et s’il le regrettait, il dit : « I'm a writer, I'm a musician, I play all these instruments […] but is this how I want to see my life? Do I just want to take a free ride and kind of forgo my vision of, you know, being a musician and really doing what I want to do? And I thought, I just can't do that […] for myself, it would have been selling out. »17 Il dit donc qu’en tant qu’écrivain et musicien qui joue de plusieurs d’instruments, il ne pouvait concevoir une vie dans un boy band ou il n’avait presque rien à faire et abandonner son idéal de devenir un « vrai »d musicien, il aurait eu l’impression d’être un vendu. 17 Il s’agit là d’un concept que je trouve dur à l’endroit du boy band, même si  Stone semble dire qu’il les respecte tout de même, de croire qu’on est un vendu lorsqu’on fait partie d’un tel groupe est assez intransigeant. On revient encore à la notion de ne pas être un « vrai artiste »d lorsqu’on fait parti d’un boy band. Selon plusieurs, on devient une marionnette de laquelle un grand producteur tire les ficelles. Mais est-ce qu’il ne faut pas avoir une âme artistique pour chanter? Pour danser? Et les boy bands et girl groups ne font-ils pas cela? Est-ce que les personnes qui ne performent que vocalement sans écrire leur texte ou leur musique comme Céline Dion sont aussi des marionnettes? Il me semble déjà qu’on me fustige pour avoir oser penser que la grande Céline Dion ne serait pas une vraie artisted. Alors pourquoi être si dur envers des groupes qui performent mais n’écrivent pas et ne composent pas leurs chansons?

           

Phoenix révèle aussi une peur grandissante parmi la jeune relève. « I thought it was all really great […] but I thought, Gosh, do I want to be in this boy band and get branded and run the risk of not being able to break out of that?»17 Il parle de la peur d’être catalogué comme pantin et ne pas être capable par la suite d’être vu autrement. Les critiques sont rendues si sévères à l’endroit des boy bands, que les nouveaux chanteurs ont peur de porter cette étiquette. Stone le dit lui-même, il trouvait ça génial, mais avait peur d’être marqué au fer rouge par la suite. Il me semble que cet exemple montre à quel point les critiques influent sur l’opinion des gens et qu’il faut être réfléchi et respectueux avant de faire des jugements cruels et mesquins. Il me semble qu’il est correct de dire qu’on n’aime pas un genre, mais qu’il faut comprendre que d’autres puissent l’aimer et que donc, ce style a sa raison d’être.

De ces cinq exemples, cinq petits exemples parmi de nombreuses critiques, on retire que certains critiquent les boy bands et girl groups sur leur musique qui serait sans profondeur et insipide, d’autres sur leur formule marketing gagnante et d’autres sur les deux. Peu importe le pays où ils se trouvent, il semble y avoir des critiques dures envers les boy bands, mais ces critiques sont certainement présentes en Amérique du Nord.

Les critiques que je trouve les plus dérangeantes (ou du moins une des plus dérangeantes) sont celles qui disent que les boy bands et girl groups n’ont aucune valeur culturelle. Quelle est la définition de la culture?  Selon le Larousse 1996, la culture est un « ensemble des structures sociales et des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent un groupe, une société par rapport à une autre ».16 C’est aussi un « ensemble de convictions partagées, de manières de penser et d'agir qui orientent plus ou moins consciemment le comportement d'un individu, d'un groupe ».16 Quant est-il de l’adjectif culturel : « relatif à la culture d'une société ou d'un individu, à son développement [ou] qui vise à développer la culture, à répandre certaines formes de culture ».16 Ainsi, les boy bands répondent à tous les critères de la culture : ils sont une manifestation artistique qui, de par leur grand nombre d’adeptes, définit une société. La définition de l’adjectif est encore plus à propos puisqu’elle mentionne que ce peut être lié à la culture d’un seul individu! Ainsi, une valeur culturelle est présente pour chaque individu qui aime les boy bands et les écoute. Les critiques seraient-ils fâchés que la culture qui tourne autour du boy band soit plus grande que la culture qu’ils désireraient que le peuple aille? Pensent-ils être les mieux placés pour décider qu’est-ce qui vaut la peine qui fasse partie de notre culture et qu’est-ce qui ne devrait pas en faire partie? Est-ce que quelque chose n’est pas culturelle quand plusieurs l’adoptent?

Les musiciens, ou du moins les personnes connaissant un peu plus la musique que le simple commun des mortels, me semblent encore plus durs envers les boy bands et girl groups. Du moins, c’est l’impression que j’ai eue lors d’une discussion avec plusieurs d’entre eux pendant un cours de musicologie. [v] L’un des points soulevés par ces derniers est la simplicité de leur musique. Un étudiant mentionnait que côté musical, ils n’amenaient vraiment rien de nouveau. Soit! Je pourrais même dire ici que je suis d’accord. Cependant, encore une fois, je me questionne : est-ce que quelque chose de simple ne peut-il pas être bon? Les notes les plus simples ne peuvent-elles pas sonnées magnifiquement? Si elles ont été autant utilisées et que justement elles ne sont plus nouvelles, c’est probablement parce qu’elles étaient bonnes, non?

La critique de la sexualisation dissimulée sous des airs innocents fut aussi soulevée. Encore là, oui, peut-être sont-ils plus sexualisés qu’ils ne veulent le laisser croire, mais est-ce pire que des Britney Spears et Christina Aiguilera? Mon exemple est ici encore dans la musique pop, mais on peut aussi comparer à d’autres styles : est-ce pire que 50 cents et tous les rappeurs qui parlent de « bitches » et où l’on voit des filles presque nues? Est-ce pire que Beyoncé ou Justin Timberlake? Je crois que la sexualité fait partie de la musique moderne, particulièrement avec l’avènement des vidéoclips, et que la sexualisation minime cachée des boy bands et girl groups n’est certainement pas la pire.

Aussi, une autre personne, dans cette même discussion, a mentionné tous les produits dérivés qu’ils vendent et avec lesquels ils se font de l’argent. À cela je réponds que, malheureusement, dans notre ère moderne, la commercialisation de produits dérivés est rendue commune et que les boy bands ne sont pas les seuls de l’industrie musicale à agir ainsi.  Jennifer Lopez et Gwen Stefani ont leur propre ligne de vêtements; Céline Dion et Britney Spears ont leur parfum; sans parler de tous les groupes rock, pop, country ou autres qui vendent t-shirts, casquettes, tapis de souris et autres à leurs concerts.

Finalement, certains participants à cette discussion ont quand même défendu les boy bands. Entre autres, l’un des professeurs de ce cours, a mentionné que ceux qui font la critique de ces boy bands, comme les journalistes, les adultes et même ceux qui étaient dans cette classe, ne sont pas l’auditoire cible des boy bands et girl groups. Il faut comprendre que cette musique est destinée aux jeunes adolescentes et que ce sont majoritairement elles qui l’apprécient. Il est normal que quelqu’un hors de cet auditoire cible n’apprécie pas cette musique, puisqu’elle ne lui est pas destinée.

Un étudiant a aussi mentionné que même s’il semble être facile de faire partie d’un boy band, il est difficile de chanter et danser et qu’il ne faut pas enlever aux membres des boy bands et girl groups le mérite qui leur revient.

D’autres critiques ont aussi été soulevées lors de cette discussion de groupe, mais ces dernières reflétaient surtout celles que j’ai déjà mentionnées dans ce texte.

Je conclurais à cette discussion que la bonne musique est dans l’oreille de celui qui l’écoute. Comme la nourriture, certains aiment quelque chose, et certains la détestent, mais il faut être d’accord qu’une autre personne n’a pas les mêmes goûts que nous.

Conclusion

Comme le mentionne « The Encyclopedia of Popular Music » dans son introduction, « Unfavourable comparisons between ´ serious ´ music and popular music are not new. For many years pop suffered from an inferiority complex based upon class18 En effet, je reviens ici à ma comparaison de la musique savante à celle populaire que j’avais introduite au début de ce texte. Je trouve qu’il est possible d’établir un parallèle entre comment on traitait cette musique il y a longtemps et comment on traite celle des boy bands aujourd’hui. En effet, bien que la musique populaire était celle la plus écoutée, on ne traitait que la musique plus classique comme « vraie »d musique. Les classes supérieures pensaient ainsi, ce devait donc être réellement ainsi.[w] Bien sûr, tout cela a changé. Tout de même, aujourd’hui, bien que ce soit une majorité qui écoute la musique des boy bands, on ne les considère pas sérieusement. Dans plusieurs années, seront-ils enfin validés point de vue artistique?

En résumé, il existe toutes sortes de critiques des boy bands qui traitent de leur machinisme, de leur pré-manufacturisation, de leur vide culturel, de leur but commercial, de leur musique simpliste, etc. et ce depuis leur début. Cependant, malgré les critiques,  de nouveaux boy bands et girl groups ne cessent d’apparaître et d’être populaires. Comme d’autres artistes, oui un producteur s’occupe de beaucoup d’aspects de leur vie et contrôle la majorité de leur image, mais les membres de ces groupes performent tout de même en donnant tout ce qu’ils ont. Je suis donc d’avis que ces groupes ont leur place et ont réellement une validité artistique. Entourer un groupe d’une image préfabriquée n’enlève pas l’âme musicale de ce dernier. Néanmoins, il s’agit ici de mon opinion et ce que j’ai souhaité amener en écrivant ce texte est une réflexion de la part du lecteur afin que ce dernier porte sa propre opinion. Qu’il ne s’occupe pas des critiques, qu’il ne s’occupe pas des fans : que pense-t-il vraiment des boy bands et de leur musique? Est-il d’accord que certaines de leurs chansons sont vraiment agréables à l’oreille ou est-ce que leur image les rend vraiment sans validité? Peu importe la réponse, l’important est que la réflexion soit faite et que l’opinion n’est pas celle des autres.

Quoiqu’il en soit, je souhaite terminer ce texte sur le dicton qui dit qu’on caricature ce que l’on aime. Au fil des ans, les boy bands et girl groups furent caricaturés plus souvent qu’à leur tour, est-ce que ça veut dire que dans le fond, on les apprécie plus qu’on ne le pense? On n’a qu’à penser à «Party Posse »[x] le groupe de Bart dans un épisode des Simpson, « Fingerman » le groupe de Cartman dans South Park, le clip « All the small things » du groupe Blink-182, la pièce de théâtre « Boyband » jouée en Australie, le groupe « Dudez-A-Plenti » créé par Conan O’Brien qui performait « Baby I Wish You Were My Baby »… …

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Références[y]

1 - Boy Band. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006]. Disponible: http://en.wikipedia.org/wiki/Boy_band.

2 - Girl Group. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006]. Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/Girl_group.

3 - Pop Music. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006]. Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/Pop_music.

4 - Popular Music. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006.] Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/Popular_music.

5 – Menudo. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006.] Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/Menudo_%28band%29.

6 - New Kids On the Block. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006.] Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/New_Kids_On_The_Block.

7 –Backstreet Boys. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [cité le 5 novembre 2006.] Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/Backstreet_boys.

8 – The Idol Maker. Dans CBSnews.com : 60 minutes II. [En ligne]. Septembre 2002. [cité le 5 novembre 2006]. Disponible : http://www.cbsnews.com/stories/1999/ 09/27/60II/main63871.shtml.

9 – Spice Girls. Dans Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne]. Octobre 2006. [Cité le 5 novembre 2006.] Disponible : http://en.wikipedia.org/wiki/Spice_Girls.

10 - The Spice Girls; Cripps, Rebecca; & Peachey, Mal (1997). Real Life: Real Spice The Official Story. London: Zone Publishers.

11 – Boy band. Dans: The Chambers Dictionary. 9th  Edition. Édimburg: Chambers Harrap Publisher Ltd. 2002.

12 - Noel Gallagher takes shot at Backstreet Boys. Dans: CTV News with Lloyd Robertson. [En ligne]. 22 Janvier 2001. [Cité le 16 novembre 2006]. Disponible: http://www.ctv.ca/ servlet/ArticleNews/story/CTVNews/1025815364148_21224564/.

13 - Eminem : Pop Is Bland. Dans : TeenMusic.Com. World Entertainment New Network. [En ligne]  25 Novembre 2004. [Cité le 16 novembre 2006]. Disponible : http://www.teenmusic.com/d.asp?r=85096&testcookie=1.

14 - Arnold, Gina. Vanilla Spice: Surprise—the Spice Girls Aren’t Worth Hating. Dans: Metro. San Jose : Metro Publishing Inc; Novembre 1997.

15 - Brown Janelle. Sluts and teddy bears. Salon.com. [En ligne]. Février 2001. [cite le 5 novembre 2006]. Disponible: http://archive.salon.com/mwt/style/2001/02/05/ teen_aesthetic/index.html.

16 - Bibliorom Larousse. Version 1.0. Microsoft Corporation et Liris Interactive. 1996. Section dictionnaire anglais français et définitions mots français.

17 – Burnett, James. “I don’t need your stinking boy band!” Salon.com. [En ligne]. Septembre 2000. [cite le 5 novembre 2006]. Disponible: http://archive.salon.com/ent/music/feature/2000/09/20/6th_bsb/index.html

18 - Introduction To Popular Music et Backstreet Boys. Dans : Larkin, Colin. The Encyclopedia of Popular Music. Volume I. 3rd Edition. London : Muze UK LTD; Novembre 1998. Pages 17; 318.

19 - New Kids On The Block. Dans: Larkin, Colin. The Encyclopedia of Popular Music. Volume V. 3rd Edition. London : Muze UK LTD; Novembre 1998.

20 - Spice Girls. Dans: Larkin, Colin. The Encyclopedia of Popular Music. Volume VII. 3rd Edition. London : Muze UK LTD; Novembre 1998. Page 5073.

21 - N’Sync. Dans: Bogdanov, V. Woodstra, C. Erlewine, S.T. All Music Guide, The Definitive Guide to Popular Music. 4th Édition. San Francisco: BackBeat Books; 2001. Pages 277.


Annexe I : Photos de certains boy bands et girl groups mentionnés dans le texte.[z]

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[a] Le terme boy bands et girl groups est bien évidemment anglophone, mais il n’existe pas d’équivalent valable français pour décrire le phénomène à sa juste valeur. En effet, au Québec par exemple, le terme boy band est utilisé pour parler de ces groupes. Ces termes seront donc utilisés tout au long du texte bien que l’auteure écrive en français et soit fière de parler français.

[b] Toutes les références se trouvent à la fin du texte afin d’alléger ce dernier.

[c] Lorsque l’auteure mentionne boy bands, elle inclut aussi les girl groups sauf si le contraire est mentionné. Il s’agit ici d’alléger le texte.

[d] Évidemment, il s’agit ici d’exprimer un certain sarcasme vis-à-vis l’utilisation de certains termes. Ainsi, parler de « vraie » musique est incompréhensible puisque qui peut décider ce qui est vrai en musique de ce qui ne l’est pas? Les termes « vraie musique » et « vrais artistes » qui reviennent au long du texte n’expriment donc pas ce que l’auteure pense vraiment mais expriment comment certaines personnes inconnus à l’auteure pourraient catégoriser les musiques.

[e] L’encyclopédie Wikipedia mentionne que l’on écrit boy band séparé en deux mots aux États-unis (et au Canada) alors que boyband est écrit en un seul mot dans d’autres pays.

[f] Ici excluant le girl group.

[g] Wikipedia définit la musique pop comme “a genre of popular music distinguished from classical or art music and from folk music. The term indicates specific stylistic traits, but the genre also includes elements of rock, hip hop, dance,and country, making it a flexible category.” Donc, une musique de type populaire distincte du folk ou du classique. On y retrouve des caractéristiques précises mais aussi des éléments du rock, hip-hop, dance et country, ce qui en fait un genre flexible.

[h] Le lecteur remarquera que l’auteure de ce texte a décidé de mettre les traductions de citations anglophones directement au travers du texte au lieu de les mettre en note de bas de page ou entre parenthèses comme le veut la tradition. Il s’agit ici de vouloir éviter au lecteur de toujours se référer en bas de page (car il y aura beaucoup de citations), mais aussi l’auteure désire prouver des points grâce à ces citations, en insérant ses propres commentaires entre deux bouts de traduction par exemple, et il est plus facile d’y arriver en traduisant directement au travers du texte. Les traductions sont quand même faites généralement directement avant ou après la citation ou encore il est mentionné que c’est une traduction afin de ne laisser aucune ambiguïté quant à la source de l’énoncé.

[i] Le heavy metal n’est bien sûr pas nécessairement jugé destructeur de l’opinion de celui qui l’écoute, mais il s’agit ici de montrer la différence que pourrait voir un parent entre les deux types de musiques.

[j] L’auditoire cible de jeunes peut expliquer que puisque l’auditoire du boy band vieillit rapidement, la durée de vie de ce dernier est généralement courte. Le jeune adulte ne veut plus de l’image parfaite, mais veut un style qui lui convient mieux (parfois plus social, plus dur, plus n’importe quoi selon le goût qui se raffine et la personnalité qui se définit). Certains groupes ont essayé de suivre leur auditoire en faisant un comeback, par exemple les Backstreet Boys, se voulant plus mature, mais cela se solde plus souvent par un échec que par un succès. (À noter qu’ils ont quand même eu de bonnes ventes, mais rien ne se comparant à leurs succès précédents.) Les New Kids On The Block ont également essayé un comeback (se faisant appeler NKOTB)  sans grand succès.

[k] Une couleur de peau ne peut définir un être et employer ces termes comme caractéristiques n’est certainement pas souhaitable. C’est pourquoi l’auteure de ce texte met ici parfois les termes entre guillemets. Il s’agit d’illustrer l’étroitesse d’esprit de ceux qui emploient ces termes de manières continuelles en croyant qu’ils veulent réellement dire quelque chose.

[l] Un manager ou gérant ou producteur, peu importe son titre, est une caractéristique importante du boy band moderne. Il trouve les jeunes talents, les moule en boy band modèle, décide de la musique, etc. Voir le paragraphe sur les caractéristiques du boy band pour plus de détails.

[m] Le groupe relâcha certaines chansons anglophones, mais ces dernières ne furent qu’une minorité.

[n] Dans la section « discussion », on retrouve plusieurs autres extraits de cet article.

[o] On reparle de Stone plus loin. Il a quitté le groupe avant l’arrivée de Kevin Richardson et Brian Litrell.

[p] Second album relâché après s’être séparés de leur premier manager et après avoir signé avec Jive.21

[q] Des boy bands reprennent parfois un peu le contrôle de leur matériel après un fort lobbying comme N’Sync et les Backstreet boys dans leur comeback.1

[r] L’auteure nomme ici d’anciens membres qui ont connus un succès presque aussi grand que le boy band lui-même, mais plusieurs autres membres de boy bands ont également essayé des carrières solos sans autant de succès tels que Nick Carter (Bacstreet Boys), Nick Lachey (98 degrees), JC Chasez (N’Sync), etc.

[s] Les filles renvoient aussi Fuller après le deuxième album en 1997, le trouvant aussi trop contrôlant, mais n’est-ce pas là la mission du manager dans un girl group, le contrôle?

[t] Personne qui fait des mots-croisés.

[u] Fondateur  de l’« Institute on Popular Culture » à l’Université de Syracuse.

[v] Discussion ayant eu lieu le 21 novembre 2006 lors du cours MUL1121 (Histoire de la musique populaire anglophone) au pavillon de musique de l’Université de Montréal. Les dirigeants de ce cours sont Philip Tagg et Shawn Pitre.

[w] Sarcasme.

[x] Toutes les caricatures sont listées dans Wikipedia, the free encyclopedia – reference 1.

[y] Les références sont faites selon le document « Notes techniques pour la rédaction d’un travail » du département de pharmacie de l’Université de Montréal ainsi que du document « Comment citer des sources électroniques » de l’Université Laval.

[z] Tirés d’Internet sans copyright.